about thirty

Je viens de passer le cap de la trentaine : avide de vie, je compte bien la remplir d'expériences novatrices hétéroclites, des plaisirs simples de la vie aux expériences plus surprenantes. Je compte bien livrer mes impressions sur cette tranche de moi, dans une succession d'articles tantôt graves, tantôt légers, selon l'humeur du moment...

24 juin 2007

Le don, la greffe...et vous?

Elles s’appellent Christine et Claire.
A la mort de leur mère Thérèse, suite à un accident vasculaire cérébral, elles n’ont pas su quoi répondre.
C’était trop tôt, ça l’est toujours, elles n’avaient pas eu le temps d’en parler, alors elles ont dit NON.
Elle s’appelle Sabine.
A la mort de son mari Patrick, suite à un traumatisme crânien sévère, elle n’a pas su quoi répondre.
Il avait 44 ans, 3 enfants, travaillait sur les chantiers, et n’avait jamais imaginé le pire.
Ensemble ils parlaient de vie et d’avenir, jamais de la fin ; elle ne savait pas, alors elle a dit NON.
Ils s’appellent Michel et Caroline.
A la mort de leur fils Christian, 21 ans, suite à un accident de moto, ils n’ont pas su quoi répondre.
La vie venait de leur arracher cruellement leur unique enfant, et la douleur était trop forte, alors ils ont dit NON.
Et la liste est encore bien trop longue, parce qu’en 2006, sur les 3 067 personnes décédées, donneuses potentielles d’organes et de tissus, seules 1 442 ont été prélevées.
1 625 familles ont refusé, la plupart du temps parce qu’elles ne connaissaient pas la position du défunt à ce sujet.
Il s’appelle Jérôme, il a 32 ans, et est atteint d’une maladie grave des reins depuis l’âge de 12 ans.
Il a dit OUI à la greffe , devenue indispensable à sa survie, mais est sur liste d’attente depuis 4 ans.
Elle s’appelle Fiona, elle n’a que 5 ans et souffre depuis sa naissance d’une malformation congénitale des voies biliaires qui nécessite une greffe de foie à laquelle ses parents, comme nous le ferions tous, ont dit OUI en chœur, comme un ultime espoir.
Il s’appelait Grégory, allait avoir 24 ans, touché par la mucoviscidose il avait dit OUI à la greffe de poumon, mais a succombé à la maladie alors qu’il touchait du doigt ses rêves les plus fous.
En 2006, comme eux, 12 450 personnes étaient dans l’attente d’une greffe, et seulement 4428 ont été pratiquées.
239 Jérôme, Fiona ou Grégory n’ont pas pu attendre plus longtemps.
Refuser de donner par conviction ou par choix, c’est tout à fait légitime et respectable, mais refuser parce qu’on ne sait pas, c’est infliger une torture supplémentaire et inutile à ceux qui restent.
Accepter de donner pour sauver ou prolonger la vie d’inconnus, c’est un acte courageux et généreux, mais en parler aux siens c’est encore mieux, pour qu’ils puissent être prêts le jour venu.
Parce que le temps des patients en attente est compté, que celui des organes et tissus transplantables aussi, prenons le temps d’en parler tant qu’il est encore temps.
On passe notre vie à lui donner un sens, donnons en un dès aujourd’hui à notre mort.

Quelle que soit votre décision, faites le savoir !
Pour en savoir plus, renseignez vous sur le site ledonlagreffeetmoi.com, avant de vous inscrire sur le registre national des refus, ou de demander votre carte de donneur (les décisions ne sont pas irréversibles)

17 juin 2007

Mon papa à moi

Quand je n’étais qu’une toute petite Carrie, je voulais me marier avec lui.
Il était grand, beau et fort, et quand je me blottissais dans ses bras je sentais que rien ne pouvait m’arriver.
Sur ses épaules solides il portait de lourdes charges, en plus de celle de sa petite famille de filles.
Malgré ça il m’émerveillait de sa sensibilité, crayonnant des portraits sur un morceau d’enveloppe ou chantant avec ferveur les tubes de l’époque.
Quelques notes sur un orgue où il a appris à jouer à l’oreille, et j’ai eu envie de faire de même.
D’un rien il a créé les plus merveilleux jeux de mon enfance, village de maisons en carton ou courroie de machine à laver pour faire des bulles géantes, jamais à cours de créativité, même pour mes devoirs d’Arts plastiques.
Tous les hivers nous allions dans le même parc construire le même bonhomme de neige, et nous ne nous en lassions jamais.
C’est lui qui m’a relevée de mes premières chutes de ski de fond, sur les pistes immaculées des Hautes Vosges, lui qui m’a poussé sur mon vélo sans roulettes pour que j’apprenne vite, parce qu’avec lui à mes côtés, c’était sûr, je ne pouvais pas me faire de mal.
C’est avec lui que j’ai découvert les outils et combien il pouvait être instructif de démonter et remonter une télévision ou un réfrigérateur, comprendre le fonctionnement des choses pour trouver la cause des problèmes.
Pêcher, cueillir des champignons, ramasser du muguet ou des escargots, toutes les occasions étaient bonnes pour partir à la rencontre de la nature.
Observer là où le regard ne se pose pas forcément, sous une feuille, dans un mécanisme, au fond du sable ou de la terre.
Et puis l’amour des cailloux, des pierres, le secret des galets tous simples qui en leur cœur révèlent des beautés insoupçonnées, comme lui.
Il a choisi mon prénom, si étrange mais qui me va si bien, il m’a appris à savoir rester humble, connaître la valeur des choses, et surtout celles qui n’ont pas de prix.
Discret et secret, il a toujours porté en lui des souffrances passées et s’est construit tout seul sur des bases invisibles, juste une grand mère aimante dans une famille qui n’était pas la sienne.
Incompris, solitaire, il a l’âme de l’ermite qui se retire au fond d’un bois pour méditer dans un mutisme absolu, et pourtant il répond présent dès qu’on a besoin de lui.
Il m’a transmis ce goût de l’isolement et de l’introspection, qui permet par périodes de prendre du recul par rapport à la vie et à ma vie, s’arrêter pour regarder le monde tourner et réfléchir.
J’aime à percer cette carapace, armure contre les aléas de l’existence, et chaque sourire, chaque confidence, chaque regard complice est un trophée qui trône sur l’étagère de ma mémoire.
Je me plais à penser que j’ai pu lui apporter jusqu’à présent des moments de bonheur qui ont pu illuminer son âme.
Je me plais à penser qu’il est heureux et apaisé dans sa retraite active.
Je me plais à penser que je ne suis pas étrangère au fait qu’il ait enfin décidé de se soigner.
Je me plais à penser qu’il est fier de moi et de ce que j’ai fait de ma vie.
Je me plais à penser qu’il m’aime très fort, même s’il ne me l’a jamais dit.

Bonne fête papa.

07 juin 2007

Interdit aux hommes?

Ca y est, je fais partie du cercle des « femmes qui en ont », comme le sous-titre le site « Interdit aux hommes ».
J’ai répondu aux questions d’Emmanuelle Lux, jolie maman trentenaire aux mêmes vices que moi (chocolat et bain chauds) et créatrice du site.
Voici l’interview, que vous pouvez aussi retrouver sur son site, bien sûr, avec bien d’autres, plus intéressantes les unes que les autres.

« L'auteurE du blog about thirty a tout juste 30 ans, un intitulé de job à se prendre 2 dolipranes "Controleur de Gestion Commerciale et Chargée d'Etudes Marketing", dans l'industrie du domaine médical, vit en couple, et est maman de 2 enfants.

La genèse du blog :
- la premiere fois où vous avez pensé à ce blog, c'était quand ?
Ma meilleure amie avait ouvert un blog pour montrer les progrès de son fils à ceux qui vivaient loin, alors je me suis dit que ça ne devait pas être si difficile techniquement.
J’ai toujours aimé écrire, mais avais mis en sommeil cet aspect de moi que beaucoup de proches ignoraient.

- comment est née cette envie ?
J’ai pris la décision d’essayer d’en faire un, un soir tard, après avoir regardé un épisode de « Sex and the city » : voir le personnage de Carrie Bradshaw écrire ses malheurs et ses bonheurs de trentenaire m’a décidé, d’où le petit clin d’œil au pseudo.

- pourquoi l'avoir appelé ainsi ?
Mon blog s’appelle « aboutthirty » parce que je l’ai créé quelques mois avant mes 30 ans, étape que j’appréhendais vraiment comme un passage vers des années moins drôles de ma vie.
En fait elles le sont bien plus !

La mise en ligne :
- quel fut le premier jour de mise en ligne ?
Je l’ai mis en ligne le lundi 6 février 2006, le temps que j’apprivoise le concept et que j’écrive un premier texte.
Je n’avais aucune idée précise de ce dont j’allais parler, ni même de la durée de vie de ce blog.

- quel était votre premier message ?
Mon premier message me présente, et résume mes expériences et rencontres extraordinaires de l’année précédente, comme un « et maintenant, que puis-je faire de mieux ? »

Le blog :
- que vous apporte le blog ?
Le blog m’apporte un formidable espace de liberté et de détente, l’occasion de partager des avis et de connaître des gens qu’il m’aurait été quasi impossible de rencontrer dans la « vraie vie ».

- depuis sa création, quelles ont été vos plus grandes joies ? vos plus grandes déceptions ?
En fait j’ai répondu à cette question dans un post sur le premier anniversaire de mon blog,
Il m’a apporté bien plus de joies que de déceptions, il m’a ouvert de nouveaux horizons par certaines rencontres étonnantes mais n’a pas chamboulé ma vie


- qu'en pensent vos proches ?
Mes proches ont été très surpris car beaucoup ont découvert mon goût pour l’écriture par son intermédiaire, d’autres connaissent son existence mais ne vont pas le consulter, et certains ignorent encore que j’en ai un ! Ma mère est très fière de ce que je fais, et adore me lire.
Mon conjoint a été un peu désemparé face au temps que j’y consacrais les premiers mois, maintenant j’essaie de trouver un juste équilibre.

Votre vie de blogueuse :
- quand bloguez vous ?
Ayant une vie familiale assez riche, avec 2 jeunes enfants, je blogue le plus souvent le soir, quand ils sont couchés, et parfois jusque tard dans la nuit.

- combien de temps y consacrez vous ?
Je n’y consacre pas de temps prédéfini, je me permets des « soirées blogs », où je consulte mes blogs préférés et en profite pour en découvrir d’autres.
Au fil des affinités j’ajoute mes blogs favoris à ma liste de liens, il y en a une bonne trentaine, et très hétéroclites !


- postez vous des billets à rythme régulier ?
Je ne poste pas de billets à un rythme défini, juste quand l’inspiration est là et que j’en ai le temps. J’écris toujours mes posts sur papier, à la pause déjeuner, le soir ou dans une salle d’attente, avant de les éditer ; j’ai toujours mon cahier sur moi et ce plaisir à coucher les mots sur ses pages.

- qu'est ce qui vous plait le plus (la recherche d'un nouveau sujet, l'écriture, l'interaction avec les lecteurs) ?
Tout me plait, de la genèse de l’idée à l’étape d’écriture, parfois les recherches Internet pour étayer mon article, et bien sûr les réactions des lecteurs, auxquelles je réponds toujours : cette interactivité est un point essentiel selon moi.

Les lecteurs du blog :
- vos lecteurs, combien sont ils ?
Si j’en crois mon outil de statistiques inséré il y a un peu moins d’un an, mon blog a reçu à ce jour 32 300 visites (1 ordinateur connecté = 1 visite comptabilisée par jour).
- d'où viennent-ils ?
Mes lecteurs sont essentiellement français, mais il y a aussi des francophones du monde entier, de la Finlande au Québec, en passant par Tahiti ou la Nouvelle Zélande.

- êtes vous en contact par mail ?
J’ai des contacts par mail avec certains d’entre eux, même s’ils ne sont pas tous blogueurs et ai lié de profondes amitiés par-delà les limites du blog.

- en avez vous rencontré ?
J’en ai aussi rencontré certains, ce qui n’a fait que renforcer nos liens, je n’ai jamais été déçue et compte bien en rencontrer d’autres.

Les commentaires :
- quel est le commentaire qui vous a le plus touché ?
Les commentaires de mes lecteurs me touchent tous et toujours, mais encore plus quand il s’agit de personnes que je connais et qui me connaissent.

- celui qui vous a le plus déçu ?
Aucun commentaire ne m’a déçu, j’ai juste décidé il y a quelques mois d’enlever ma photo, pour qu’on s’intéresse plus aux textes qu’à elle !
Il y a eu aussi une mini-polémique autour d’un des mes posts sur l’esprit de noël, je ne m’attendais pas à ça en l’écrivant !


La communication autour du blog :
- quelle est votre démarche pour faire connaître votre blog ?
Pour faire connaître son blog, il y a les inscriptions dans des annuaires spécialisés, mais il y a aussi et surtout la navigation dans la blogosphère.
C’est une véritable toile où les liens ont toute leur importance. On laisse des commentaires sur des blogs ou des posts qui nous intéressent, et souvent en retour on reçoit soi-même un commentaire sur son dernier post. Ca peut s’arrêter là ou on peut avoir envie d’en savoir plus, de lire ce qui a été écrit avant, de mettre le blog dans ses favoris ou dans sa liste de liens…
Le bouche à oreille, ou plutôt « doigts à yeux » pour ce qui est d’Internet, marche aussi très bien : il m’arrive de conseiller à mes amis tel ou tel blog parce que je pense que les thèmes abordés les toucheront.

- avez vous eu des retombées médiatiques (presse, internet, ...) ?
Pour ce qui est de la presse, j’ai été interviewée par un magazine suisse au sujet de ma trentaine, c’est et j’ai eu aussi quelques contacts pour une chronique télé qui n’a pas pu aboutir.

L'avenir :
- comment voyez vous l' évolution de votre blog ?
Je vais continuer à alterner sujets légers et plus graves, expériences personnelles et thèmes d’actualité, tout en introduisant des questions qui me tiennent vraiment à cœur, comme le don d’organes ou l’environnement (comme je l’ai fait )

- quels sont vos souhaits pour les mois à venir ?
Je n’ai pas de souhaits particuliers, mais si par l’un de mes articles je peux apprendre quelque chose de nouveau à une personne, lui transmettre une émotion, juste la faire sourire, relativiser, ou la convaincre, par exemple, de prendre une carte de donneur d’organes ou de sang, je sentirai que tout ça ce ne sont pas que des mots sur une toile virtuelle.

Avez vous des conseils à donner aux blogueuses débutantes ?

D’abord trouver une interface de blog qui leur correspond, au niveau de la facilité d’utilisation ou des services complémentaires comme les statistiques, et ensuite effectuer un petit travail préparatoire en se posant certaines questions : De quoi vais-je parler ? Quel look pour mon blog ? A quelle fréquence ai-je l’intention de publier ? A quel moment puis-je dégager du temps pour cela ?
Entretenir un blog peut prendre beaucoup de temps, et on se prend vite au jeu, il faut savoir se fixer des limites et ça n’est pas toujours facile ! »

03 juin 2007

Faites des mamans...

On va dire que c’est ma 6ème fête des mamans.
Parce qu’il y a juste 6 ans je ne connaissais pas encore le visage de mon premier enfant mais étais à un mois de le découvrir.
6 ans que je m’inquiète, que l’intégrité de mes nuits n’est plus garantie, que mes yeux s’ouvrent au moindre bruit suspect et que mon regard ne s’égare plus dans les lieux publics.
Que je me délecte de sourires, d’éclats de rires francs et de gros câlins, de bisous tous doux ou appuyés et de regards qui en disent long.
Que je console, prends dans mes bras pour les gros et petits chagrins, place un gant de toilette d’eau fraîche sur les bobos avant d’y apposer un baiser magique.
Que je constate chaque jour les progrès accomplis, les mots qui s’ajoutent au vocabulaire, l’esprit qui se fait plus vif et curieux.
Que je suis scrupuleusement le rituel des soins du visage, des couches sales et des biberons de lait.
Que je ruse pour faire tester de nouveaux aliments, et me réjouis de ces victoires gustatives.
Que je lave des vêtements salis par les jeux dans l’herbe, le chocolat fondu ou un estomac fragilisé par la maladie.
Que je suis fière de chaque compliment prodigué par mon entourage sur ma progéniture.
Que je ne vais plus au supermarché l’esprit tranquille, en évitant le rayon des jouets, et que les soirées au restaurant en tête à tête sont devenues rares.
Que je raconte des histoires et des contes qui émerveillent ou qui font peur, en changeant de voix à chaque personnage.
Que j’ai toujours dans mon sac à main des lingettes-à-tout-faire, de quoi jouer ou attacher des cheveux rebelles.
Que je ris des grimaces, des néologismes et autres facéties et phrases improbables.
Que j’ai fait une croix sur la grasse matinée, même après une nuit passée à faire la fête et peu importe l’heure du coucher.
Que j’accroche des dessins multicolores aux murs de mon bureau.
Que j’aligne mon emploi du temps sur les horaires de l’école et les impératifs de nounou.
Que je redécouvre avec plaisir les dessins animés de mon enfance et apprends à connaître les nouveaux héros des cours de récréation.
Que je joue au gendarme pour des conflits de pacotille et hausse le ton quand il le faut.
Que j’entends chaque matin que je suis belle et que je sens bon, même si je sors à peine du lit.
Que la maison est envahie de jouets hétéroclites, de la plus petite pièce de puzzle à l’imposant tracteur à pédales.
Que j’assiste à des spectacles improvisés de danse et de chant approximatifs nés d’esprits fertiles.
Que je n’ai pas le droit d’être malade et dois être opérationnelle en permanence.
Que mon moral va mieux dès qu’ils sont près de moi.
Etre maman, c’est plein de petits tracas et de gros bonheurs, mais c’est sans aucun doute la meilleure chose qui me soit arrivée, et c’est un statut que je garderai à jamais, précieuse certitude dans ce monde de doutes.