L'indépendance à 6 ans
Comme beaucoup de personnes en ce moment, contrainte et forcée, j’ai rempli ma déclaration d’impôts sur le revenu, qui, soit dit en passant, malgré les belles promesses de baisse et du fait de la modification des plafonds des différentes tranches, s’avère à la hausse. Bref, le problème n’est pas là.Ce qui me choque le plus dans tout cela, tout comme cela m’interpelle dans l’attribution du complément de mode de garde de la CAF, est la prise en charge du mode d'accueil des enfants de plus de 6 ans.
A partir de 6 ans, un enfant est sensé savoir rentrer de l’école seul et se garder seul, voyez-vous.
Voire passer une grande partie de ses vacances scolaires à tourner en rond chez lui et maudire sa solitude.
C’est la désolante conclusion que tous les parents de jeunes enfants se doivent de faire, étant donné qu’à partir de cet âge-là les allocations familiales ne remboursent plus aucun mode de garde, et qu’à partir de 7 les impôts ne veulent plus entendre parler de déduction de frais de garde.
Comprenons-nous bien : ce qui me révolte, ce n’est pas tant la question financière que la question morale.
Qui sont les personnes qui déclarent qu’à partir de 6 ou 7 ans, un enfant est autonome ?
Je doute que ces gens aient eu des enfants, ou tout au moins à se soucier de leur devenir après l’école ! Peut-être ont-ils demandé directement aux enfants s’ils se sentaient suffisamment grands pour se débrouiller ?
Ou alors compte-t-on sur l’essor des jeux vidéo et des chaînes jeunesse à la télévision pour faire patienter les petits à la maison sans trop de dégâts ?
6 ans, c’est l’âge de l’entrée à l’école primaire, le début des grands apprentissages mais aussi les balbutiements des vraies consignes, et, quelle que soit la maturité de l’enfant à cette période de sa croissance, il est incapable de se prendre en charge totalement pendant plusieurs heures, avec le risque du retour au domicile et ses nombreux pièges, tant au niveau du code de la route que des éventuelles rencontres ou des accidents domestiques, alors pourquoi estimer qu’il est apte à s’assumer seul ?
Faire du vélo sans roulettes ou aller acheter du pain « comme un grand », un parent l’attendant plus loin, à la boulangerie, sont une chose, des étapes de plus au processus d’évolution personnelle vers l’autonomie, mais s’autogérer n’est pas encore au programme de l’année de CP!
En fonction de quoi quelqu’un a-t-il prétendu que la garde des enfants âgés de 6 ans était optionnelle ?
C’est une question qui me laisse perplexe, et à laquelle je n’ai aucune explication valable à ce jour, bien qu’ayant retourné le problème dans tous les sens.
Combien de ménages disposent de plus de 4 mois de congés ou de proches à disposition pour prendre le relais pendant les vacances ?
A l’heure où notre gouvernement crie à la délinquance dans les collèges et au scandale des enfants livrés à eux-mêmes en dehors des horaires scolaires, où les disparitions d’enfants se multiplient et où les parents déjà culpabilisés sont de plus en plus inquiets pour leur progéniture, les instances de l’Etat se déchargent totalement de la liberté non surveillée qu’ils imposent aux familles les plus sensibles et défavorisées.
Ces familles qui vivent d’emplois précaires ou smicards, de classe moyenne, pas assez riches pour ne pas se poser de questions mais trop pour bénéficier de certaines aides sociales, qui n’arrivent souvent plus à suivre la scolarité de leurs enfants et qu’une aide extérieure dotée de connaissances différentes pouvait contribuer à aider, ne peuvent plus se permettre les services d’une assistante maternelle, d’un centre aéré ou de la garderie périscolaire, faute de moyens.
Même les heures de soutien scolaire, basées sur le volontariat, ne sont pas effectuées dans la plupart des établissements.
Et que dire de certaines écoles qui ne prévoient même pas de structure périscolaire pour les enfants du primaire ?
Alors qu’il apprend juste à lire et à écrire, que le monde est encore un vaste terrain de jeux et qu’il a la malchance, comme la plupart de ses camarades, d’avoir ses parents qui travaillent à plein temps et ne finissent pas leur journée entre 15 et 16 heures, il faudrait que le bambin parcoure le chemin qui le sépare de son école à son domicile le plus docilement du monde et s’y tienne sagement en attendant le retour de son papa ou de sa maman.
Et puis quoi encore, qu’il passe faire quelques courses et prépare le repas du soir ? A 6 ans ?
On leur en demande déjà tant, beaucoup de poids sur leurs frêles épaules et un passé déjà lourd pour certains, des histoires d’adultes qui se substituent trop souvent aux rêveries de leur âge.
A trop vouloir leur affranchissement précoce, c’est à côté d’une grande part des meilleurs moments de leur enfance et de sources d’éveil et d’enrichissement personnel qu’ils peuvent passer.
Bien que je sois évidemment favorable aux nouvelles expériences et à l’acquisition de certaines responsabilités pour la conquête de parts d’indépendance, au rythme de la croissance et non sans une certaine présence bienveillante, l’indépendance à 6 ans est définitivement un concept qui me paraît bien éloigné de la réalité.








