about thirty

J'ai créé ce blog à l'aube de ma trentaine tant redoutée. Maintenant que j'y ai pris mes aises, j'évoque ici, selon l'humeur et l'inspiration du moment, ce que la vie m'apporte de réflexions et d'expériences, mon humble avis sur quelques lectures ou encore certaines de mes pensées hautement philosophico-superficielles. Les textes que vous trouverez ici ne sont pas de la grande littérature, mais ne vous inquiètez pas : ils ne lui font aucun mal.

01 juin 2009

L'indépendance à 6 ans

Comme beaucoup de personnes en ce moment, contrainte et forcée, j’ai rempli ma déclaration d’impôts sur le revenu, qui, soit dit en passant, malgré les belles promesses de baisse et du fait de la modification des plafonds des différentes tranches, s’avère à la hausse. Bref, le problème n’est pas là.
Ce qui me choque le plus dans tout cela, tout comme cela m’interpelle dans l’attribution du complément de mode de garde de la CAF, est la prise en charge du mode d'accueil des enfants de plus de 6 ans.
A partir de 6 ans, un enfant est sensé savoir rentrer de l’école seul et se garder seul, voyez-vous.
Voire passer une grande partie de ses vacances scolaires à tourner en rond chez lui et maudire sa solitude.
C’est la désolante conclusion que tous les parents de jeunes enfants se doivent de faire, étant donné qu’à partir de cet âge-là les allocations familiales ne remboursent plus aucun mode de garde, et qu’à partir de 7 les impôts ne veulent plus entendre parler de déduction de frais de garde.
Comprenons-nous bien : ce qui me révolte, ce n’est pas tant la question financière que la question morale.
Qui sont les personnes qui déclarent qu’à partir de 6 ou 7 ans, un enfant est autonome ?
Je doute que ces gens aient eu des enfants, ou tout au moins à se soucier de leur devenir après l’école ! Peut-être ont-ils demandé directement aux enfants s’ils se sentaient suffisamment grands pour se débrouiller ?
Ou alors compte-t-on sur l’essor des jeux vidéo et des chaînes jeunesse à la télévision pour faire patienter les petits à la maison sans trop de dégâts ?
6 ans, c’est l’âge de l’entrée à l’école primaire, le début des grands apprentissages mais aussi les balbutiements des vraies consignes, et, quelle que soit la maturité de l’enfant à cette période de sa croissance, il est incapable de se prendre en charge totalement pendant plusieurs heures, avec le risque du retour au domicile et ses nombreux pièges, tant au niveau du code de la route que des éventuelles rencontres ou des accidents domestiques, alors pourquoi estimer qu’il est apte à s’assumer seul ?
Faire du vélo sans roulettes ou aller acheter du pain « comme un grand », un parent l’attendant plus loin, à la boulangerie, sont une chose, des étapes de plus au processus d’évolution personnelle vers l’autonomie, mais s’autogérer n’est pas encore au programme de l’année de CP!
En fonction de quoi quelqu’un a-t-il prétendu que la garde des enfants âgés de 6 ans était optionnelle ?
C’est une question qui me laisse perplexe, et à laquelle je n’ai aucune explication valable à ce jour, bien qu’ayant retourné le problème dans tous les sens.
Combien de ménages disposent de plus de 4 mois de congés ou de proches à disposition pour prendre le relais pendant les vacances ?
A l’heure où notre gouvernement crie à la délinquance dans les collèges et au scandale des enfants livrés à eux-mêmes en dehors des horaires scolaires, où les disparitions d’enfants se multiplient et où les parents déjà culpabilisés sont de plus en plus inquiets pour leur progéniture, les instances de l’Etat se déchargent totalement de la liberté non surveillée qu’ils imposent aux familles les plus sensibles et défavorisées.
Ces familles qui vivent d’emplois précaires ou smicards, de classe moyenne, pas assez riches pour ne pas se poser de questions mais trop pour bénéficier de certaines aides sociales, qui n’arrivent souvent plus à suivre la scolarité de leurs enfants et qu’une aide extérieure dotée de connaissances différentes pouvait contribuer à aider, ne peuvent plus se permettre les services d’une assistante maternelle, d’un centre aéré ou de la garderie périscolaire, faute de moyens.
Même les heures de soutien scolaire, basées sur le volontariat, ne sont pas effectuées dans la plupart des établissements.
Et que dire de certaines écoles qui ne prévoient même pas de structure périscolaire pour les enfants du primaire ?
Alors qu’il apprend juste à lire et à écrire, que le monde est encore un vaste terrain de jeux et qu’il a la malchance, comme la plupart de ses camarades, d’avoir ses parents qui travaillent à plein temps et ne finissent pas leur journée entre 15 et 16 heures, il faudrait que le bambin parcoure le chemin qui le sépare de son école à son domicile le plus docilement du monde et s’y tienne sagement en attendant le retour de son papa ou de sa maman.
Et puis quoi encore, qu’il passe faire quelques courses et prépare le repas du soir ? A 6 ans ?
On leur en demande déjà tant, beaucoup de poids sur leurs frêles épaules et un passé déjà lourd pour certains, des histoires d’adultes qui se substituent trop souvent aux rêveries de leur âge.
A trop vouloir leur affranchissement précoce, c’est à côté d’une grande part des meilleurs moments de leur enfance et de sources d’éveil et d’enrichissement personnel qu’ils peuvent passer.
Bien que je sois évidemment favorable aux nouvelles expériences et à l’acquisition de certaines responsabilités pour la conquête de parts d’indépendance, au rythme de la croissance et non sans une certaine présence bienveillante, l’indépendance à 6 ans est définitivement un concept qui me paraît bien éloigné de la réalité.

11 mai 2009

Ma deuxième petite entreprise

Vous vous demandiez peut-être si j’étais morte.
Eh bien, non, je suis toujours là, mais bien cachée (et là, selon, c’est explosion de joie, léger sourire ou haussement des épaules-de-toutes-façons-on-s’en-fiche-ça-change-rien-à-nos-vies, mais que je n’en prenne pas un à dire « dommage »).
Juste que je suis davantage présente dans la vraie vie que sur la blogosphère.
Ca existe, et même que c’est souvent plutôt bien, je vous assure (même si parfois…non rien).
J’ai bien conscience que ce blog est aussi actif qu’une fourmi sous tranquillisants (et ne vous amusez pas à essayer, c’est pas beau de faire du mal aux animaux, ni même aux insectes), mais je n’arrive pas à me résoudre à le fermer.
Je l’ai ouvert à l’aube de ma trentaine, et il m’a permis entre autres de passer ce cap de ma vie plus facilement, de me faire de vrais nouveaux amis, et de découvrir que je pouvais (parfois) écrire des choses intéressantes (à défaut d’en dire, d’autant que maintenant je suis blonde) et surtout que j’y prenais un plaisir certain.
En regardant un peu par ici, ce blog est un grand bric à brac, un peu comme ma vie, avec du tout et du n’importe quoi, du sérieux, du léger, des lectures, des expériences, des sentiments aussi.
Alors non, je n’arrive pas à placarder le mot « fin » en titre d’un post : « aboutthirty » fait un peu partie de moi et j’aime avoir cet espace de liberté à disposition pour y écrire ce que je veux quand ça me chante.

Et aujourd’hui ça me chante justement, ça tombe plutôt bien.
Plus de trois années se sont écoulées depuis l’écriture de mon premier post, je suis maintenant une grande fille de 32 ans qui a largement eu le temps de digérer sa trentaine.
Ce n’est pas encore le cas de certaines, et en particulier ma petite sœur (spéciale dédicace Alexia), qui cette semaine franchit à son tour la dizaine fatidique.
J’ignore s’il s’agit d’une coïncidence ou d’un genre de passage de témoin vers une autre étape de ma vie, mais cette semaine est aussi celle de la finalisation d’un de mes projets d’envergure : la création de ma propre entreprise.
Bon, je dois reconnaître que ça en jette un peu écrit comme ça, mais ça n’est jamais qu’une société à salarié unique, avec pour local une chambre d’amis reconvertie et redécorée pour l’occasion (en vert pomme et violet, ça ne se voit pas bien sur la photo, c’est trooooop meûgnon mais ça n’est pas le sujet).
Une entreprise de quoi, me demanderez-vous (ou pas, pour ceux qui continuent à n’en avoir rien à faire [mais que font-ils encore à me lire à ce moment-là ?]) fort à propos ?
Eh bien, je vous laisse deviner, ça n’est pas trop compliqué pour peu d’avoir suivi même de loin mes nombreuses péripéties professionnelles, mais interdiction aux chanceux (hum) qui connaissent déjà la réponse ou aux membres de la famille de l’organisatrice de participer, bien sûr, ce ne serait plus du jeu.
Et le gagnant ou la gagnante se verra remettre, heu…une magnifique Kineton personnalisée, un exemplaire unique de ma fabrication (mais la réponse n’est pas « création et commercialisation de Kinetons », évidemment, ce serait trop simple).
Donc voilà, à ma petite entreprise familiale va bientôt s’ajouter ma petite entreprise individuelle, alors je fais un appel à toutes les ondes positives, prières, danses de la chance, incantations vaudou, croisements de doigts et autres mots de Cambronne pour me souhaiter bonne chance dans cette aventure.
En fait j'en ai vraiment besoin pour compléter le pack motivation/compétences/relationnel/chance du kit-du-parfait-jeune-entrepreneur.
En parallèle, il m’arrive toujours d’écrire, même si ce n’est plus beaucoup par ici, et une des rares nouvelles sous mon vrai nom va être publiée prochainement en recueil, puis sera jouée par des comédiens (il y a même une rencontre prévue après la pièce pour échanger avec eux sur leur interprétation, j’ai hâte !).
Enfin dernière création en date : l’écriture d’une pièce de théâtre pour le spectacle de fin d’année d’une école (même pas celle de mes enfants) dont je suis plutôt contente, et dont j’attends également la représentation et l’échange qui suivra avec impatience.
On ne s’ennuie jamais au pays de Carrie ! Alors, une idée de l’activité de mon entreprise ? (propositions farfelues ne pas s'abstenir)


Et puisque j’ai commencé à écrire cet article le 10 mai, mais qu’à cette heure-ci nous sommes le 11, j’en profite pour faire de gros bisous et souhaiter un très bon anniversaire à ma petite maman, qui elle aussi entre dans une nouvelle dizaine que le respect dû aux jeunes filles de son âge m’empêche de citer ;-)

26 mars 2009

Les naufragés de l'île Tromelin

« Un minuscule bloc de corail perdu dans l’océan Indien. Cerné par les déferlantes, harcelé par les ouragans. C’est là qu’échouent, en 1761, les rescapés du naufrage de l’Utile, un navire français qui transportait une cargaison clandestine d’esclaves.
Les Blancs de l’équipage et les Noirs de la cale vont devoir cohabiter, trouver de l’eau, de la nourriture, de quoi faire un feu, survivre. Ensemble, ils construisent un bateau pour s’enfuir.
Faute de place, on n’embarque pas les esclaves, mais on jure solennellement de revenir les chercher.
Quinze ans plus tard, on retrouvera huit survivants : sept femmes et un bébé. Que s’est-il passé sur l’île ? A quel point cette histoire a-t-elle ébranlé les consciences ? Emu et révolté par ce drame, Condorcet entreprendra son combat pour l’abolition de l’esclavage. »

Voilà comment s’annonce le dernier livre d’Irène Frain, dont je n’ai pas (encore) lu les précédents ouvrages, mais dont le nom m’était familier pour l’avoir entendu par le passé dans une émission littéraire.
Alors que les romans historiques n’ont habituellement pas mes préférences, j’ai accepté de lire et commenter celui-ci pour la simple et bonne raison qu’il fait état d’un épisode réel, mais méconnu car peu glorieux de l’histoire de notre pays, un évènement dont les conséquences tragiques, ajoutées entre autres aux textes dénonciateurs de certains philosophes des Lumières, ont contribué à l’évolution des mentalités vers l’interdiction de la pratique esclavagiste.
Un devoir de mémoire toujours d’actualité en cette année 2009, et malgré l’élection de Barack Obama, comme en témoignent notamment les récents conflits des Antilles.
Comment survivre sur un îlot des plus hostiles, une chimère plate, blanche et stérile qui apparaît, change de coordonnées ou disparaît à sa guise des cartes des navigateurs de l’époque ? Et quand à cette nécessité s’ajoute la difficulté inconcevable de la promiscuité forcée des blancs et des noirs ? Pourquoi n’a-t-on jamais été chercher les malgaches restés sur l’île et ayant participé à la construction du bateau qui a sauvé des blancs dont la plupart n’ont même pas mis la main à la pâte? L’âme humaine est elle si vile ? Les promesses sans valeur ? Aucun des survivants ne s’est-il enrichi intérieurement de cette expérience ?
C’est à ces questions qu’Irène Frain, avec passion et beaucoup d’humilité, a tenté de répondre, à l’occasion de recherches en collaboration avec Max Guérout, à la tête d’une mission « esclaves oubliés » organisée par le GRAN
[1] et commanditée par l’UNESCO, et d’une expédition sur l’île, poussière de l’océan située entre Madagascar et Maurice (cliquez sur la photo pour voir où elle se trouve !), où elle a pu s’imprégner de l’ambiance, retrouver des traces de la vie des naufragés et essayer de comprendre ce qu’ils y ont vécu.
Loin des fantasmes à la Robinson Crusoë, Lost ou Koh-Lanta, elle raconte une aventure hors du commun, l’instinct de survie poussé à son paroxysme dans des conditions désastreuses.


« Saisissement. C’est l’île. Le vent. Le blanc du roc au sommet de la plage. La frappe indéfinie des lames. L’assommoir du soleil. Les yeux s’écarquillent puis s’enfoncent, les jambes flageolent, l’échine lâche. Un à un, les corps s’écroulent. Noirs ou blancs, ils réclament à la terre le répit qu’elle a toujours su leur offrir. L’accueil, le refuge, la matrice. Quelques minutes plus tard, l’évidence s’abat : ils ne les trouveront pas. »

On découvre aussi le rôle primordial du premier lieutenant Castellan, un homme intelligent et charismatique, profondément humain, sans qui la survie n’aurait sans doute été qu’une question d’heures :

"En cette aube du 3 août, il vient donc d'ouvrir une partie décisive : trouver de l'eau par tous les moyens. Et briser simultanément, plus pervers encore que l'enfermement du bateau, l'infernal huis clos de l'île. Faute de quoi, au coucher du soleil, de la plage à ces tentes, au désert de caillasses et jusqu'au camp des Noirs, l'île ne sera plus qu'un champ semé de cadavres."

C’est d’ailleurs lui qui fera aux esclaves le serment de venir les récupérer, le bateau de sauvetage étant trop petit pour embarquer tout le monde.

« En revanche, sur ce qu’il allait dire aux Noirs, Castellan n’avait pas la moindre inspiration. Il s’était dit que le moment venu, il aviserait. Il ne savait toujours pas comment leur annoncer l’indicible : on s’en va, et vous restez. Un seul point dont il fût sûr : les quatre-vingt-seize marins qui avaient refusé de travailler au bateau n’auraient aucun scrupule à embarquer avec les autres. »

Son serment, il tentera par tous les moyens de le tenir, mais à son grand désespoir la France au pouvoir ne l’entendra évidemment pas de cette oreille, considérant que des vies noires n’ont que peu ou pas de valeur.
Et c’est seulement 15 années plus tard que le capitaine Tromelin retournera sur l’île et retrouvera quelques rescapées-miraculées.
J’avoue que le premier chapitre consacré exclusivement à la description de l’île, bien que nécessaire, peut décourager le lecteur, mais il est de la lecture comme d’un tas d’autres choses : la persévérance finit souvent par payer.
Ainsi, au fil des pages, on se laisse emporter par cette histoire bouleversante, fruit d’un travail de recherche documentaire exceptionnel, qui colle le roman au plus près de la réalité.
On peut éventuellement reprocher à l’auteur la confusion des styles parfois, et l’effleurement de la personnalité des protagonistes, mais c’est sans doute pour nous rappeler qu’il est délicat de trop romancer une histoire aussi vraie que cruelle, et qui se suffit à elle-même.
Une histoire dans l’Histoire, un livre qui compte et qui rappelle que les préjugés de cette époque ne sont pas si lointains, un conte philosophique presque, tant la morale à en tirer est évidente et importante.

« Les naufragés de l’île Tromelin », aux éditions Michel Lafon, Merci à Chez les filles.com de me l’avoir fait découvrir. Site officiel du livre .
[1] Groupe de Recherche en Archéologie Navale

16 mars 2009

Ma petite entreprise

(Avec spéciale dédicace au regretté Alain Bashung)
Lors des entretiens d’embauche qui ont parsemé l’année passée, je dois dire que nombre de recruteurs, masculins avouons-le pour la plupart, m’ont demandé ce que j’avais fait de mon temps depuis mon dernier emploi, A PART m’occuper de mes enfants.
Parce qu’a priori, s’occuper d’un foyer et de deux enfants (surtout scolarisés, même pas l’excuse des couches ni des biberons) ne relève pas de l’occupation à plein temps et ne justifie pas l’absence d’un investissement associatif parallèle ou d’une formation quelconque.
Il se trouve que j’ai longuement hésité à ajouter un paragraphe à mon CV détaillant les différentes fonctions de ce qu’on appelle communément « la femme (ou l’homme, si si, il y en a de courageux) au foyer », mais un unique chapitre aurait-il suffi ?
Parce que gérer au quotidien une maison et des enfants, c’est un peu comme diriger une petite entreprise : un poste très polyvalent qui nécessite réactivité, rigueur, dynamisme, fiabilité et patience, entre autres qualités.
Parce que quand cela devient notre activité principale et qu’on n’a plus l’excuse du temps de travail, on s’y investit entièrement et sans concession pour soi-même.
Alors, cette rubrique, si je devais la rédiger en descriptif non exhaustif de tâches correspondant aux divers services d’une P.M.E., donnerait à peu près ce qui suit :

Logistique : Gestion des transports (trajets école, courses et activités extrascolaires), des stocks de fournitures diverses et d’alimentation (avec méthode FIFO [First In First Out] pour suivre les dates de péremption).
Objectifs : Zéro retard et zéro frigo vide
Exemples de réalisations : Diminution du volume des denrées alimentaires jetées (tri sélectif pour le reste), économie de carburant par choix d’activités sportives sur un même site et aux horaires contigus, aucun repli MacDo pour cause de pénurie de matières premières nécessaires à la préparation d’un repas

Commercial/Négociation : Médiation et négociation en interne (enfants, conjoint) et en externe (prestataires) avec utilisation de diverses techniques judicieusement alternées (affectif, diplomatie, ignorance, enthousiasme, indifférence, intimidation, sanction…).
Objectifs : Maîtrise des conflits, compromis nécessaires
Exemples de réalisations : Choix de la mutuelle présentant le meilleur rapport qualité-prix (aussi bas l’un que l’autre), enfants et parents qui se supportent et s’aiment toujours, baisse de gamme et de crédit sur véhicule principal par rapport à ambitions de monsieur

Gestion des ressources humaines : Management des équipes, soutien moral permanent et sans faille, compréhension et tentative de rationalisation des histoires de cœur et d’amitié en milieu scolaire, et des histoires de collègues et clients en milieu professionnel.
Objectifs : Motivation optimale pour l’école ou le travail
Exemples de réalisation : Enfants qui aiment l’école, conjoint qui aime son job

Création et communication : Organisation d’anniversaires, d’enterrements de vie de jeune fille, de week-ends entre amis, mise en place et animation d’ateliers créatifs pour les 2-10 ans, sortie médiathèque hebdomadaire, investissement dans les écoles, maintien du lien social par Internet et téléphone.
Objectifs : Bien-être et éveil des enfants, vie amicale et familiale épanouie
Exemples de réalisations : Fêtes d’anniversaires « pirates » et « princesses », collection hétéroclite de dessins, bijoux, peintures et objets de décoration en perles à repasser, mosaïque, tricotin ou playmaïs, pas de fâcherie avec notre entourage à l’heure actuelle

Maintenance et espaces verts : Entretien du parc de véhicules (contrôle technique, entretien courant et grosses réparations au garage, niveaux, plein d’essence du véhicule principal et surveillance du parc cycles), bricolage, jardinage et réparations de base.
Objectifs : Zéro truc qui explose dans la maison, zéro panne, zéro traitement chimique côté jardin
Exemples de réalisations : Pose des éléments de décoration de la maison, montage de meubles, machines et véhicules en état de fonctionnement, délicieuses et prolifiques tomates cerise et fraises bio

Production : Ménage courant (poussière, sanitaires, salle de bains, cuisine, sols) et gros chantiers (vitres, hotte, garage), lessives, étendage, repassage, tri, rangement, sortie des poubelles et recyclage, cuisine, vaisselle, courses, et autres sympathiques occupations regroupées habituellement sous le nom si simple et si court de « tâches ménagères ».
Objectifs : 4 esprits sains dans une maison saine
Exemples de réalisations : Piles de linge classées par saison, type de vêtement et couleur, maison propre même où ça ne se voit pas, petits plats maison à 10000 calories

Gestion administrative et comptable : Planning des rendez-vous, traitement et classement du courrier, supervision des devoirs, paiement des factures à date d’échéance, suivi des comptes et gestion du budget.
Objectifs : Zéro rendez-vous raté, zéro relance ou huissier, découvert tendant vers le zéro
Exemples de réalisations : Mise en place d’un rappel automatique de règlement de créance et de rendez-vous, planification et réduction des dépenses par ordre de priorités, aucune faute à la dictée

Infirmerie : Tenue à disposition du nécessaire de secours à portée de main, pratique des premiers gestes sans paniquer à la vue d’une plaie ouverte ou d’un doigt retourné, analyse rapide de l’importance du symptôme pour au choix se diriger vers la pharmacie, le médecin traitant ou les urgences.
Objectifs : Réduction des hospitalisations et appels au 15
Exemples de réalisations : Gestion d’un stock minimum de médicaments d’usage courant avec annotation de l’utilité principale et mise en évidence de la date limite d’utilisation, don régulier à la pharmacie des traitements non utilisés ou reliquats, formation à l’utilisation de certains équipements spécifiques, record de vitesse personnel amélioré sur trajet logement/hôpital

Comité d’entreprise : Modifications de l’organisation de la maison, organisation des activités culturelles et de loisirs.
Objectifs : Détente !
Exemples de réalisations : Accès à divers soins du corps, voyages culturels, week-ends improvisés, musées, parcs animaliers, concerts, selon les moyens financiers mis à disposition du C.E. bien sûr

Direction stratégique opérationnelle : En collaboration avec mon directeur adj-conjoint, bien sûr, sur les grands axes de développement (Rester en location ou acheter ? Oui ou non à la soirée pyjama avec une camarade de 3 ans son aînée ?), mais souvent en toute autonomie sur les décisions de moindre importance (Pull chaud ou tee-shirt manches longues et gilet ? Quel cadeau pour noël/l’anniversaire de tout le monde ?).
Objectif : Avancer !
Exemples de réalisations : 3 déménagements stratégiques successifs en 2007, la découverte d’un département où l’on aime vivre, des cadeaux qui plaisent la plupart du temps, une soirée pyjama, mais avec une copine de classe

…Et tout cela sans presque aucune sous-traitance !
Que fais-je de mon temps A PART tout cela ? Eh bien, je recherche un emploi, voyez-vous, et, accessoirement, il m’arrive d’écrire.
Alors, pour finir sur du Bashung comme je l’avais commencé, ma petite entreprise, non elle ne connait pas la crise, ni le lundi, ni le mardi, ni le mercredi, ni le jeudi, ni le vendredi, ni le samedi, ni le dimanche, de l’aube à l’aube…et pendant les vacances, pas d’abstinence !

15 février 2009

Et la santé, qu'ils disaient...

Voilà, l’an neuf, qui n’a jamais aussi bien porté son nom, est arrivé, sans que l’on puisse y faire quoi que ce soit, sinon le fêter du mieux possible pour oublier qu’une année de plus au compteur de la vie en est une supplémentaire à notre horloge personnelle.
Comme tous les ans, on s’est tous laissés prendre au traditionnel jeu des vœux, oh sincère la plupart du temps, souhaitant tour à tour, bonheur, travail, amour, bébé, argent selon les besoins ou les envies de chacun, et l’inévitable bonne santé.
Enfin, « et la santé, bien sûr », ou « mais surtout la santé ».
Oui parce que sans la santé, tout le reste n’est que futilité, on le sait bien, c’est comme ça. On le sait mais on l'oublie.
On pense bien sûr à nos aînés en priorité, à ceux dont l’âge et les problèmes médicaux subissent souvent la même croissance exponentielle.
Jusqu’à cette année, je ne prêtais pas spécialement attention à ce vœu formulé à mon égard, me pressant de renvoyer à mon interlocuteur que tout allait bien, et qu’il prenne plutôt soin de lui et des siens.
Mais ces derniers mois ont pris une tournure à mes yeux qui a donné une autre sorte d’importance à ces simples mots lancés à la volée entre deux bises.
Sans entrer dans des détails médicaux superflus, il se trouve que ces derniers temps des soucis de santé divers et variés n’ont eu de cesse de s’enchaîner au sein de ma petite cellule familiale, et ce après de nombreuses années de relative tranquillité de ce côté-là, hormis les traditionnels petits accidents du quotidien, virus et autres bactéries inévitables en tous genres.
Bien sûr pendant tout ce temps « les autres » n’étaient pas épargnés, et je trouvais normal en ma position plutôt privilégiée d’utiliser le meilleur de mon énergie à leur redonner courage et espoir.
Alors quand notre tour est venu, inutile de dire que la fatalité a eu bon dos, après les divers questionnements liés à une origine irrationnelle quelconque, le mode de vie ou les excès en tous genres, et il faut avouer que je n’y étais pas du tout préparée.
C’est un peu comme quand on vous demande si ça va, que vous répondez toujours « oui » quoi qu’il en soit parce que ça fait plus ou moins partie de la formule de politesse, que c’est ce qui se répond quand on ne veut pas lester notre interlocuteur de problèmes qui ne sont pas les siens, et que vous vous surprenez à avoir répondu par l’affirmative alors que non, en fait, quelque chose ne va pas.
Rien de désespérément grave, je vous rassure, mais une accumulation de ces petits riens ou presque plus ou moins spectaculaires, réduisant les capacités d’action et de jugement, et qui vous mènent au cœur d’un ballet médical infernal composé de généralistes/services d’urgences/spécialistes dont il est difficile de s’extraire pour respirer, ou même pour penser.
Une fois les batteries d’examens effectuées, on découvre de nouveaux termes scientifiques, on se renseigne, avis, contre-avis, traitement, contre-traitement, conseils des proches et des amis des amis, généalogie génétique, recherche de causes médicales ou non, tout se mêle allègrement, au point que l’on fasse abstraction de ce qu’il y a autour, alors que le monde, lui, continue de tourner comme si de rien n’était.
Esprit de survie ou de protection ? On focalise facilement sur ses propres soucis en mettant en sourdine tout ce qui vient de l’extérieur et ne plus charger la balance familiale.
Et puis le calme semble revenir, on récupère son quota de sommeil, on se remet de son lot d’émotions et on se souvient que d’autres se battent au quotidien contre bien pire.
L’heure est venue, enfin, de relativiser.
L’enseignement à tirer sans doute de ce fâcheux épisode est que l’on a beau courir après la vie, ignorer les alertes, essayer de braver le nombre d’heures qui composent une journée en empiétant sur la suivante, il arrive un moment où notre propre corps nous rappelle à l’ordre et nous impose du repos et une certaine réflexion par rapport à ce que nous lui faisons endurer au quotidien.
Alors, doucement mais sûrement, je reviens, en vous souhaitant très sincèrement une bonne santé, et en vous conseillant plus que jamais de prendre soin de vous et de ceux que vous aimez!
« De la santé, du sommeil et de la richesse, on ne jouit pleinement qu’après les avoir perdus et retrouvés »
Jean-Paul Richter

23 décembre 2008

Nouvelles

Même si « pas de nouvelles » ne signifie pas toujours « bonnes nouvelles », c’est de nouvelles, ou plutôt d’un recueil de nouvelles pas comme les autres dont je tiens à vous parler en cette veille de fêtes.
L’idée est partie d’une des nombreuses idées artistiques originales (mais où va-t-elle chercher tout ça ?) de la vénérable Madame De K, blogueuse encyclopédique mais aussi femme de cœur et de caractère.
Autour d’un petit jeu issu du surréalisme, elle a réussi (et ça n’a pas toujours été simple) à fédérer 20 personnes qui ne se connaissaient pas pour la plupart dans un élan de créativité collective.
Ainsi, au fil d’histoires qui se suivent et ne se ressemblent en rien, on peut vivre l’épopée fantastique d’un stylo qui traverse le temps et les continents au bon vouloir des auteurs, qui n’avaient pour consigne que de commencer leur texte à l’endroit où l’un abandonnait l’objet, et de le laisser à leur tour à la fin du récit, sans jamais rien savoir du contenu des collaborations précédentes.
C’est de cette façon qu’a été conçu « Cadavreski », en référence au fameux « cadavre-exquis-boira-le vin-nouveau » de Prévert et ses comparses en 1925, sur la structure « nom-adjectif-verbe-COD-adjectif » qui permet de composer des phrases grammaticalement correctes sans connaitre ni le mot d’avant, ni le mot d’après.
Je m’y suis souvent exercée dans mes plus jeunes années, en pliant une feuille de papier « en éventail » à mesure que les participants écrivaient ou même dessinaient, et le résultat était toujours aussi surprenant qu’ agréable.
Il en sera de même à la lecture de cet ouvrage, où l’on trouve tour à tour de l’amour, de la haine, des intrigues, des meurtres, des secrets, des regrets, des larmes, des rires, de la magie aussi…une œuvre à laquelle, incontestablement, on ne peut pas rester indifférent, riche de styles d’écriture aussi variés que les 20 personnalités qui la composent.
Et ce n’est pas (seulement) parce que j’ai participé au projet, et par là-même rédigé ma première nouvelle (il y en a eu d’autres depuis, mais chut) que j’en parle avec autant d’enthousiasme.
Je suis fière d’avoir contribué à cette aventure, d’avoir eu l’occasion de rencontrer une bonne partie de mes co-auteurs, et surtout de pouvoir admirer la qualité du fruit de notre travail en commun!
Il est incontestablement trop tard pour le traditionnel cadeau de noël, mais c’est à coup sûr un présent unique à offrir ou à s’offrir pour bien débuter l’année 2009 !
Nous n’en tirerons d’autre bénéfice que celui de vous faire plaisir, alors n’hésitez pas à le commander ici pour découvrir, à un peu moins de 12 euros, de nouveaux talents hors de la toile et embarquer pour un incroyable voyage littéraire de 226 pages au bout de l’imaginaire.
Je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d’année à tous, et vivent l’écriture et la lecture !

17 novembre 2008

Claire Répulsion pour Noir Désir

En face de la question : « Que détestez-vous le plus ? » d’un désormais traditionnel questionnaire en chaîne reçu par mail dernièrement, et auquel (une fois n’est pas coutume) j’avais répondu, j’avais inscrit « l’injustice ».
C’est définitivement ce qui me révolte le plus, et Dieu sait combien il m’en est donné de constater chaque jour, ici et ailleurs, et qu’une vie ne suffirait pas à dénoncer, voire à combattre, malheureusement.
J’ai déjà abordé le thème de la banalisation des violences conjugales et, fidèle à mes convictions, je ne pouvais que prendre part moi aussi à la polémique du moment, signée par le retour à la chanson du groupe Noir Désir avec son leader Bertrand Cantat, et 2 titres en téléchargement gratuit sur le Net depuis quelques jours.
Je vous passe le rappel des faits qui lui ont été reprochés et pour lesquels il a été condamné, auxquels nul n’a dû échapper à l’époque.
Il est bien évident que, même après 5 années d’absence et une demi-peine purgée, le rockeur français allait soulever l’opinion publique en revenant sur le devant de la scène.
Cette annonce entraîne avec elle une vague de malaise et de gène dans les cœurs, bien sûr partagés entre l’aspect purement artistique et la vie personnelle du personnage.
Certains scandent que l’amalgame entre les œuvres d’un artiste et ses actions dans le domaine privé n’a pas lieu d’être, et moi je prétends que si, que les titres d’assassin et de chanteur/moralisateur ne sont pas compatibles, précisément dans ce cas là.
Parce que ce jour de juillet 2003, ce sont toutes les valeurs et les engagements qui faisaient la force de l’écriture de l’homme qui se sont envolées.
Il a détruit une vie, des vies, et trahi son public.
Comment dissocier la voix de celui qui chante de celui qui a tué ?
Comment apprécier l’émotion transmise par les paroles d’un homme pour qui on n’a plus d’estime, et qui ne veulent plus rien dire ?
Comment peut-il prôner des leçons de morale après avoir commis l’irréparable ?
Mais plus que tout, en tant que femme et mère, je pense à la famille et aux amis de Marie Trintignant, qui ne pourront éviter la voix du meurtrier de leur fille en boucle sur les ondes.
Comment la douleur, avec laquelle ils ont du apprendre à vivre au quotidien, ne peut-elle pas être ravivée par l’insolence de cette réapparition ?
Je comparais cela l’autre jour à un chauffard qui aurait écrasé un être cher, sous l’influence de l’alcool ou toute autre drogue, aurait purgé quelques années de prison pour la forme, et passerait désormais plusieurs fois par jour avec le véhicule incriminé devant la maison de la famille éplorée de la victime.
Comment peut-on, comment peut-il, reprendre une vie normale, comme si de rien n’était, après avoir donné la mort ?
Donne-t-on l’opportunité à un employé lambda de revenir impunément à son poste après la prison pour meurtre ?
Son statut de star lui confère une image d’idole, de modèle, et cet exemple n’a pas à être suivi.
Je n’enlève rien aux qualités musicales et artistiques du groupe, ni même à leurs partis-pris politiques, mais la discrétion et le respect auraient été de rigueur, et le silence sans doute un engagement plus fort.
La voix de Marie, elle, s’est éteinte pour toujours…
Si Cantat ne sait faire que s’insurger, qu’il s’engage donc s’il le souhaite concrètement pour aider les plus démunis, mais qu’il fasse profil bas et œuvre dans l’ombre, parce qu’avec la médiatisation qui accompagne ce come-back, contrairement au titre de l’un de ses opus fraîchement sortis, pour lui ce n’est pas « Gagnants-perdants », mais plutôt « Gagnant-gagnant ».

12 octobre 2008

Le fiancé de la lune

Le titre est prometteur, à l’image de l’histoire du "fils de la lune" si merveilleusement chantée par la voix cristalline d’Ana Torroja dans mes jeunes années.
J’imagine déjà une histoire d’amour pure et impossible, ou encore une femme au teint de porcelaine et aux humeurs changeantes, qui pourrait torturer de ses caprices un amant fiévreusement épris.
L’auteur me parait sympathique, non dénué d’un certain charme même, comme en témoigne sa photo de brun ténébreux à la barbe de 2 jours en 4ème de couverture.
Strasbourgeois, Eric Genetet est un Journaliste radio et télé de 41 ans, autrement dit il possède a priori des arguments corrects pour un bon premier roman (et aussi pour un bon fiancé ou gendre, mais là n’est pas la question).
Le format du livre est attractif, avec 124 pages en caractères moyens et bien aérés, 40 courts chapitres, des dialogues et même des messages SMS, qui m’offrent une petite pause digestive après l’absorption de quelques gros volumes.
La couverture est séduisante : une photo glacée et à peine floue d’une table de bar du coin de la rue, des couleurs baroques, des photos en noir et blanc sur les murs, et ces chaises qui attendent, vides, comme une promesse de tant de possibilités de conversations à surprendre.
Le résumé lui aussi est tentant :
« Giannina. Une attraction, un grand huit. Visage pâle, perruque rose, comme Scarlett Johansson dans Lost in translation. Elle avait un petit air de famille avec Anna Karina dans Pierrot le Fou. Sa voix, son déhanchement, son détachement, elle était la beauté du ciel. Mon cinéma. »
On s’attend à une certaine originalité, à une histoire moderne, fraîche, à des personnages hauts en couleurs qui crèvent la page.
Oui mais voilà, la magie, si tant est qu’il y en ait une, n’a pas du tout opéré sur moi.
Au-delà d’un style que je qualifierais d’un certain romantisme moderne, le fond est relativement banal et sans surprise, et les protagonistes pas assez travaillés pour pouvoir se les représenter et encore moins s’y attacher.
« (…) Je suis parti du principe que l’être humain est biologiquement programmé pour la jouissance, qu’il valait peut-être mieux vivre pour admirer le monde que pour le comprendre, pour admirer les femmes aussi, sans chercher à tout comprendre. Ainsi, tous les instants de bien-être étaient de petites victoires. J’avais la ferme intention d’enchaîner les récompenses, de devenir le Tiger Woods du plaisir, l’Almodovar de la délectation. Je voulais chérir Giannina, faire des projets, devenir un homme dans un couple.(…) »
On nous parle d’Arno, quadragénaire sans attaches au propre comme au figuré, qui s’apprête à vivre « le plus grand rôle de sa vie », la passion et l’amour sur fond de jazz.
L’histoire d’amour semble en être une, un coup de foudre bancal qui devient passion et va se confronter à l’usure du temps et du quotidien après la naissance de l’enfant, remettant sur le tapis la vraie force des sentiments, les carpe diem et autres retours aux vraies valeurs, avec en fil rouge la maxime du père d’Arno : « Aller au bout de ses rêves ».
« (…) Je me disais souvent qu’il était doué le type de l’agence de pub qui a décroché le budget de la société de l’amour. Il nous a vendu la marque comme un prolongement de nous-mêmes. Un prolongement qui ne dure pas et qui provoque la souffrance?
On tombe tous dans le panneau. On passe du merveilleux à la souffrance avec une aisance déconcertante. (…) »
Je n’ai pas entendu la moindre note de piano ou de saxophone, je n’ai pas senti la force des sentiments du couple, je n’ai pas partagé les souvenirs du héros, même pas versé une larme face à l’épreuve de la maladie ni au désarroi d’un père et son fils livrés à eux-mêmes.
Bref, je n’ai pas accroché du tout.
Un peu comme quand on s’attend à déguster une bonne bière et qu’on se rend compte qu’on nous a servi un panaché.
Pourquoi je vous parle de ça ?
Parce que j’ai enchaîné ma lecture sur la fameuse « Première gorgée de bière » de Philippe Delerm, et qu’à volume égal je n’ai pas été déçue du tout.
Je me suis souvenue mes escapades en famille aux mûres, j’ai senti le roulement des petits pois sous mes doigts, épousseté le livre maculé de sable doux, bref j’ai pu savourer en quelques pages tous les petits bonheurs qu’il me proposait de saisir.
Mais l’intérêt de la lecture n’est-il pas justement dans sa diversité ?


"Le fiancé de la lune" - Eric Genetet - Editions Héloïse d'Ormesson

03 octobre 2008

Les dents de l'amer

Ô rage de dent ! Orage de dent !
Déjà une semaine que je souffre de la plus insidieuse des douleurs.
Cette dent m’obsède, aliène mes pensées, blanchit mes nuits, et déjà trois praticiens se sont cassés les dents sur son cas.
Aurais-je trop mordu la vie à pleines dents ?
Si c’est le cas, je me contenterai à l’avenir de l’apprécier du bout des dents.
Aucune explication valable non plus du côté d’éventuelles dents longues qui rayeraient le parquet, mes ambitions étant aussi mesurées que les dalles de carrelage qui pavent ma demeure.
Quoi qu’il en soit, il m’est impossible en ce moment de ne pas penser, dire, écrire ou vivre sans évoquer cette dent, et cet article n’y échappera pas.
J’ai pourtant connu quelques souffrances physiques plus ou moins dérangeantes, et même certaines du même acabit, mais de courte durée, de celles qui se soulagent après l’acte bienveillant d’un homme de bonne volonté, de juste spécialité, aux honoraires dépassés.
De toutes, celle qui me ronge à cet instant m’est la plus insupportable : elle a la dent dure et ne compte pas me quitter de sitôt ; elle s’insinue seconde après seconde dans les méandres de ma boîte crânienne toute entière et se fait les dents sur mon seuil de tolérance.
A défaut de pouvoir dormir, et sous l’effet hallucinatoire de la combinaison stratégique des médicaments, je me surprends à rêver éveillée d’un dentiste aux canines luisantes, armé jusqu’aux dents, et d’une extraction miraculeuse à coups de pied de biche ou de marteau-piqueur.
J’en arrive à me demander le plus sérieusement du monde si mon tourment cessera quand j’arriverai à pondre des œufs ou quand les poules auront des dents.
N’est-ce pas dans la souffrance que l’on devient le plus philosophe, ou perd-on seulement la raison ?
Me mentent-ils comme des arracheurs de dents qu’ils sont, en affirmant que ma dent est intouchable tant que l’infection qui ronge son bout de racine oublié n’est pas guérie ?
Ces brahmanes en blouse blanche risquent-ils la mise à mort ou les humiliations s’ils osent toucher l’ombre de ma molaire ?
Je me représente un volcan miniaturisé scellé dans ma gencive et dont les laves ardentes lèchent la myéline du nerf qui, le mors aux dents, s’empresse de transmettre l’information à mes neurones fatigués.
Dois-je en rire ou en pleurer ? Je n’aurai jamais de dent de sagesse ("dent de l’esprit", en Roumanie) : la faute à l’évolution selon Darwin ? à l’indulgence selon Dieu ? ou au manque de docilité selon moi ?
Dois-je en rire ou en pleurer ? L’expression « chaque fois qu’il me tombe une dent », censée signifier « presque jamais », ne s’applique pas du tout à ma situation : il y a à peu près autant de chances qu’une de mes dents me quitte sans prévenir qu’elle daigne rester en place sans faire parler d’elle.
Entre mes dents, je dirais que j’ai toujours eu de mauvaises dents, ou qu’elles ont toujours eu une dent contre moi, chacune à tour de rôle, et que ni le brossage intensif dans le sens du poil, ni les incantations à Sainte Apolline n’y ont jamais remédié.
Si les dents de lait se nomment ainsi en référence à la boisson la plus consommée de la naissance à leur début de chute, comment doit-on appeler les dents qui suivent ?
Si la dent de lion et la dent de chien sont aussi des plantes, pourquoi la dent du chat est-elle une montagne ?
Pourquoi devient-on dentiste ? Existe-t-il une vocation prémolairienne, un désir de spéléologie refoulé à moindre danger ou un plaisir sadique d’assouvissement du fantasme de la roulette ?
Pourquoi le praticien pose-t-il toujours des questions ouvertes alors que notre bouche l’est toute autant et que seules les voyelles parviennent à s’en échapper ?
Pourquoi rencontre-t-on systématiquement la personne qu’il ne faut pas en sortant du cabinet, après une anesthésie de la moitié de la mâchoire, la bouche tordue et un filet de bave au bord des lèvres ?
J’aimerais avoir les dents du fond qui baignent, j’ai les crocs mais rien à me mettre sous la dent, ou plutôt pas la possibilité technique de mettre quoi que ce soit sous ma dent martyr.
Les liquides sont mes seuls alliés cette semaine, et je goûte avec appréhension un aperçu de ce que pourra être mon alimentation d’ci au 4ème âge : purée, yaourts et soupes.
La boucle sera bouclée : on finit en mangeant les mêmes choses qu’au tout début de sa vie.
Je n’ai même pas droit à l’alcool pour noyer ma peine et anesthésier mon mal.
Je ne peux ni montrer les dents pour surmonter la rage, ni les serrer pour conserver le contrôle, ni même grincer des dents en signe de désaccord.
Je n’arrive pas à les claquer pour signaler ma peur et mon impuissance, ni à garder le couteau entre les dents en perspective d’une éventuelle vengeance.
Et contre qui ou quoi retourner la loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent »?
Une simple conjonctivite règlerait-elle le problème ?
Mon humeur est en dents de scie, en fonction de l’efficacité des antidouleurs, tantôt aussi nulle que mon inspiration littéraire du moment, tantôt me plongeant dans un état de grâce très éphémère, gâché par l’impression justifiée que cela ne va pas durer.
En ces rares et précieuses trêves je perds mon temps à traquer le retour des symptômes ; il y en a qui sont devenus fous pour moins que ça.
A bien y creuser, il y a un R de trop à mon pseudonyme Carrie, comme un nerf de trop à la base de ma carie…

« "Je pense donc je suis" est un propos d’intellectuel qui sous-estime les maux de dents » Kundera

NB : Interactions médicamenteuses responsables de cet article : antibiotiques, cortisone, antidouleurs et un roman de Beigbeder, mais lequel ?

19 septembre 2008

De Niro's game

Je rentre juste du Liban, toute essoufflée, pour mon 100ème article.
Du Beyrouth Ouest des années 80, plus précisément.
Enfin, c’est comme si j’y étais allée, tant j’ai pu percevoir les sifflements des 10 000 bombes qui tombaient en pluie, palper la tension du quotidien et respirer la poussière qui a inspiré le titre québécois de ce livre : "Parfum de poussière".
"De Niro’s game", le titre original, fait référence à la scène mythique du film "Voyage au bout de l’enfer" de Michael Cimino, dans laquelle De Niro et Walken, en pleine guerre du Viêt Nam, doivent se livrer à une séance de roulette russe insoutenable.
Roulette russe du désespoir, jeu résigné de la banalité, quand à chaque instant un obus peut emporter père, mère ou enfant, au cœur d’une guerre civile sans fin qui tient lieu de théâtre à des milliers de vies.
"Les bombes pleuvaient et moi j’attendais Georges" : ainsi débute ce roman passionnant, le premier de l’auteur Rawi Hage, libanais réfugié au Canada, qui écrit en anglais, sa troisième langue (!), et est traduit par Sophie Voillot pour cette rentrée littéraire.
En plus d’apporter un éclairage différent, parce qu’immergé, aux guerres de religions, ce livre dépeint également une formidable histoire d’amitié entre Bassam et Georges, deux jeunes désabusés qui tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées.

"(…)On est remontés sur la moto et on est repartis sous la pluie de balles ; on
s'en foutait. […] On roulait sans but, deux mendiants, deux voleurs, deux Arabes
en rut avec nos cheveux bouclés, nos chemises déboutonnées, un paquet de
Marlboro coincé dans une manche, deux rebelles, deux nihilistes sans pitié avec
nos revolvers et nos jeans américain.(…)"

L’alcool et la drogue leur permettent de rêver à des jours meilleurs, tandis que l’amour, les corps à corps interdits avec des filles sous haute surveillance familiale, subsistent leurs seuls moyens de se sentir vivants.

"(…)On a étalé nos vêtements par terre comme des tapis de prière, nos corps sur
le lit comme des macchabées dansants. Dix mille autres baisers sur son corps.
Les bombes tombaient plus fort et plus près. J’ai glissé ma main sous sa jupe.
Elle s’y est agrippée. Elle tenait bon.(…)A ce moment-là, elle m’a repoussé en
disant : Arrête. Arrête Bassam, s’il te plaît, arrête. Ma mère doit me chercher
partout.(…) "

Les deux amis veulent changer de vie, chacun à leur manière, et c’est l’idée du vol de la recette d’un casino tenu par la milice chrétienne qui va déterminer la suite de leurs existences, si proches et si différentes à la fois.
Le récit est porté par une plume acérée, une écriture rythmée, qui donne envie de lire vite, encore plus vite, comme si le temps nous était compté, à nous aussi lecteurs, et ressentir plus intensément tour à tour la peur, l’indifférence, la violence, la trahison, la mélancolie, l’absurdité, l’envie d’en finir.

"(…)Le garde m’a giflé de nouveau à la tête, m’a poussé et m’a gratifié d’un
coup de botte dans le tibia. J’ai perdu l’équilibre et je suis tombé par terre.
Quand j’ai touché la surface drue et raboteuse du béton, j’ai senti son humidité
glacée ; à son contact, mes vêtements ont pris la patine grise des grains de
poussière veloutée qui la recouvraient. Je me suis dit que celui qui avait coulé
cette dalle avait fait du mauvais boulot. Le plancher n’était même pas au niveau
; c’était sûrement pour ça que les chaises se balançaient quand je m’asseyais
dessus, me suis-je dit, tandis qu’une pluie de godillots matraquait mon visage
et mes yeux fatigués.(…)"

Au fil des pages, la guerre y est décrite dans son plus simple appareil, l’homme y devient animal et les enfants y vieillissent prématurément, quand ils survivent.
Bref, un roman dont on se demande où s’arrête la réalité et où commence la fiction, et qui laisse à méditer sur les guerres passées, présentes et à venir.
Un roman qui ne s’oublie pas et qui laisse des traces, comme je les aime.

"De Niro’s game" de Rawi Hage, Editions Denoël
Cet ouvrage a été récompensé par le prix des Libraires du Québec, et le très convoité prix Impac de Dublin