about thirty

Je viens de passer le cap de la trentaine : avide de vie, je compte bien la remplir d'expériences novatrices hétéroclites, des plaisirs simples de la vie aux expériences plus surprenantes. Je compte bien livrer mes impressions sur cette tranche de moi, dans une succession d'articles tantôt graves, tantôt légers, selon l'humeur du moment...

28 novembre 2006

Conte de noël

Je ne me rappelle plus quand j’ai arrêté de croire au père-noël.
Juste que j’étais déjà trop grande pour ça aux yeux de certains et qu’on se moquait de moi parce que je soutenais de tout mon cœur et de toute mon âme l’inconcevable espoir.
Juste que cette annonce m’a littéralement déchiré le cœur et m’a anéantie sur le coup plus que je ne l’ai laissé paraître.
Ainsi donc j’étais dans la confidence, ainsi donc je faisais partie des « grands qui savent », mais quoi ?
Je ne voulais pas en être, je ne voulais pas partager leur affreux secret, celui qui détruisait les derniers rêves des enfants.
Parce que le père-noël existait, c’était sûr. Au moins quelque part en moi.
Parce que l’esprit de noël dans ma famille n’était pas qu’une vague théorie, il y trouvait au contraire toute sa signification originelle.
Et pour cela, nul besoin de richesses, si ce n’est celles du cœur de mes parents qui ont entretenu avec tant de soin et d’amour cette part si féerique de mes jeunes années.
Tout commençait quelques semaines avant les festivités, avec l’incontournable lettre au père-noël.
Elle débutait traditionnellement par un rapide bilan des bonnes et moins bonnes actions de l’année écoulée, en toute honnêteté puisque son omniscience n’aurait pardonné ni mensonge ni omission.
S’ensuivait la liste exhaustive des cadeaux souhaités, qui s’allongeait chaque année, tout en sachant bien qu’un ou deux suffiraient, et que c’était bien comme ça.
Tout le monde sait que le père-noël a d’autres enfants à gâter et doit se limiter.
Il y avait ensuite le sapin que papa allait couper en forêt qu’il vente ou qu’il neige, les décorations sorties délicatement des boîtes, les guirlandes mordorées qui formaient des arabesques au plafond, les jeux de lumière improvisés, les boules multicolores savamment réparties, celles en chocolat se mêlant habilement à celles plus traditionnelles.
Et puis il y avait la crèche, notre crèche rien qu’à nous, éphémère et magnifique.
Maman la préparait avec son soin habituel, s’improvisant pâtissière-maçonne-couvreuse en montant ses épais murs de pain d’épice et son toit de sucre et de langues de chat.
Noël fini, nous détruisions l’œuvre d’une après-midi et dévorions la crèche à pleine bouche, parfois avec les camarades de classe, histoire de prolonger encore un peu cet esprit de partage et de joie.
Le summum des réjouissances avait bien sûr lieu la veille de noël, jeu de rôles parfait avec une mise en scène incroyable.
Si je ferme les yeux et que je regarde avec ceux de l’enfant que j’étais, je vois un repas de fête intimiste, juste avec mes parents et mes sœurs, au son des chants de Tino Rossi, des Platters ou de la Compagnie Créole (!) qui s’enchaînent sur la platine 33 tours du salon.
On chante aussi, on rit, nos yeux pétillent.
Puis une activité quelconque nous isole dans l’une des chambres mes sœurs et moi, et un son de clochettes que je n’oublierai jamais se fait entendre, flotte dans l’air : ce sont celles qui ornent les cous des rennes du traîneau, aucun doute.
Un échange de regards entre mes sœurs et moi et c’est l’effervescence : maman vient nous chercher : « vite, il est arrivé, vite, vous allez le rater! », et nous dévalons les escaliers juste assez vite pour apercevoir au bout du couloir un morceau de manteau rouge qui s’engouffre dans le froid par la porte d’entrée.
Un arrêt au niveau de la porte qui s’ouvre sur la salle à manger, au milieu de laquelle trône dans l’obscurité le sapin qui éclaire par intermittences, de ses mille lucioles arc-en-ciel, les précieux cadeaux déposés à son pied.
Aller voir si le père-noël est encore là et découvrir dans la neige fraîchement tombée des traces de pas qui s’arrêtent tout net au beau milieu de la rue et, émerveillées, scruter le ciel étoilé avant de rentrer réchauffer nos corps de la même chaleur qui a envahi nos poitrines.
Vient ensuite la distribution des paquets et l’ouverture fébrile des papiers métallisés, avant les éclats de joie et de jeux, jusqu’à ce que nos paupières se ferment de s’être trop écarquillées.
Le lendemain était consacré au repas traditionnel, banquet pantagruélique où le génie culinaire de maman s’exprimait au rythme des plats qui arrivaient toujours par trois.
Notre famille se limitant à nos 5 âmes et ayant perdu tôt mes grands parents, nous partagions son talent gastronomique avec des personnes d’un âge certain que nous ne connaissions pas la plupart du temps.
Mes parents ne supportaient pas de savoir quelqu’un seul le jour de noël, et accueillaient indifféremment délaissés et sans-famille, allant jusqu’à les chercher et les ramener à leur domicile.
Souvent pour pas même un merci, tout juste un sourire.
Et puis l’année suivante voyait revenir inlassablement les mêmes visages, parfois de nouveaux, et parfois certains qui disparaissaient sans que l’on ait à demander pourquoi.
Nous leur offrions la chaleur de notre maison et la fraîcheur de nos rires, l’espace de cette belle journée.
Tout cet amour, ce dévouement, ce désintéressement, ces rêves attisés comme le feu dans la cheminée, constituent ma définition et ma vision de l’esprit de noël, le vrai.
Alors quand approchent les fêtes, je redeviens cette petite fille qui serrait les poings sous son menton en piétinant d’impatience.
« Vite, il est arrivé, vite vous allez le rater ! »

21 novembre 2006

Voir

C’est la toute première chose que je fais le matin, avant même de sortir de mes draps : je tends mon bras droit et tâtonne sur la table de chevet, à la recherche de cet objet qui peut paraître si insignifiant, cet accessoire qui n’a pourtant rien d’accessoire.
Je porte des lunettes depuis si longtemps que je pourrais me persuader en avoir toujours porté.
Des petites, des grosses, des rondes, ovales, rectangulaires, en plastique, en métal, en titane, noires, rouges, argentées, brunes, solaires…
Elles font partie de moi au même titre que mes yeux, elles en sont le prolongement, la prothèse miraculeuse.
Sans elles je ne suis plus tout à fait moi, il manque quelque chose à mon visage et le monde autour de moi s’en trouve bouleversé.
Quand on est petite on ne comprend pas ce que signifie « myope et astigmate », les adultes ont de ces noms compliqués pour juste dire que les mots dansent sur mon cahier d’écriture et que tout autour de moi semble s’évaporer dès qu’il s’éloigne.
Comme un brouillard qui m’enveloppe où que j’aille, ne laissant visible que ce qui se trouve dans un cercle d’intimité, une immédiate proximité.
C’est effrayant et rassurant à la fois, effrayant parce que ce qui est à quelques mètres seulement de moi est l’inconnu, rassurant parce qu’il y a parfois des choses qu’on ne perd rien à ne pas voir.
Lorsque je vais danser par exemple, je ne me concentre que sur la musique, rien d’autre n’existe, je ne chausse pas mes lunettes et je ne vois pas les gens autour de moi, ceux qui regardent en bord de piste, ceux que je pourrais connaître ou reconnaître.
Ce n’est pas une question de coquetterie, de toutes façons j’aime les lunettes, mon nez est fait pour en porter et je ne porte les lentilles qu’en collier de fête des mères, même les désagréments climatiques et sportifs ne m’ont pas convertie.
Je suis bien, pelotonnée dans mon cocon de brouillard, par moments.
Il m’a pourtant souvent joué de mauvais tours, n’étant pas étranger à de nombreuses chutes et autres rencontres du 3ème poteau.
Je me suis vue reprocher parfois de passer à côté de personnes de mon entourage sans les voir, dépouillée exceptionnellement de ma précieuse monture.
Certains ont qualifié mon regard de « mystérieux » à cause de ce dysfonctionnement, ce regard flottant à la recherche de sa vision personnelle des choses.
D’autres rient de ce que je dois plisser les yeux pour distinguer des yeux, un nez, une bouche, alors que mon univers est composé de silhouettes colorées mais sans visage.
Mais si ma paire de lunettes est ma fenêtre sur le monde, c’est à cause d’elle aussi que ma vue baisse à vue d’œil (jeu de mots facile), mes yeux s’appuyant bien trop sur mes verres correcteurs (exercice difficile) pour faire leur travail correctement.
Alors je me dis que peut-être un jour je ne verrai plus du tout, ou peut-être pas, mais que quoi qu’il en soit, dans le doute, je dois voir et regarder un maximum de choses pour remplir les pages de mon album cérébral.
Alors je décuple le souci du détail à la vision de près, savoure la précision d’un ouvrage minutieux, admire le travail d’orfèvre de la nature.
Je m’émerveille des couleurs que l’automne peint sur la feuille de marronnier, des reflets du soleil dans une goutte de rosée, de l’étincelle dans les yeux de mes enfants, de la petite miette de gâteau à la commissure de leurs lèvres.
J’apprécie la forme d’un galet, le graphisme d’une aile de papillon, le velouté d’une joue amie, et me dis que les valeurs de la vie sont là, toutes proches, pas au-delà.
Le reste existe, le reste est présent mais dans le brouillard, au loin.
« Regarder l’horizon, c’est regarder loin, mais c’est aussi regarder quelque chose de faux », a dit Jules Renard.
Regarder de près, c’est chercher à connaître, c’est regarder vrai, et si en plus on regarde avec son cœur, avec son âme, on peut trouver les réponses à ses questions.

15 novembre 2006

Ceci est un diamant

D’abord parce que c’est marqué dessus, donc c’est forcément vrai .
Ensuite parce qu’il est précieux, pas par sa rareté ni même le prix de la bouteille dont il a préservé le contenu couleur d’or.
Il est précieux de ce qu’il représente pour moi, du contexte qui a fait qu’il soit en ma possession.
Le champagne a cela de magique qu’il est en temps normal associé à un événement heureux et partagé, et ce fut encore le cas de l’histoire de ce diamant-bouchon.
Patiemment il attendait son heure, passé des caves du viticulteur au rayon du supermarché.
Il en a sans doute vu défiler des jeunes diplômés, nouveaux parents ou encore amoureux transis, avant d’être enfin saisi par une main bien intentionnée.
Quel événement allait-il avoir l’honneur de célébrer ?
Il savait que tel était son destin, il savait son appartenance à une élite et connaissait le respect avec lequel on allait le traiter, eu égard à son prestigieux tatouage.
Déjà tout petit bouchon à l’école de Liège on lui avait expliqué mille fois l’apothéose du rôle de sa vie, ce fameux jour où il aurait à délivrer les précieuses bulles scintillantes.
Soulagé de ne plus subir de pression, satisfait d’avoir exercé sa fonction avec panache, il se débarrasserait enfin de sa collerette, de sa coiffe et de son armure de fer pour se montrer dans le plus simple appareil, dévoilant enfin son miroir.
Le moment était venu, après un ultime périple au péril de sa vie, brinqueballé dans un sac, d’accomplir sa destinée festive.
Il apparaît sur la table à l’issue d’un repas chaleureux, dans son habit de lumière.
Son vêtement effeuillé, il découvre enfin l’assemblée et le cadre.
Autour de lui, des visages d’inconnus souriants, à l’affût de sa dernière prestation.
Dans une maison du bonheur haut perchée, une jolie fée générosité et une flamboyante rousse ont ouvert leurs bras et leurs cœurs à des amis virtuels que rien ne prédestinait à se rencontrer, si ce n’est une passion commune pour l’écriture sur toile.
Barberine bohème, Miro Carlo subtil, Shygefe passionnée, Au Cas Où inspiré, Stefie enjouée, Frisson rassuré, Lol halluciné, Sardine habitée et moi-même émerveillée.
Notre bouchon tout ému comprend ce qui se passe, ici et maintenant, saisit les émotions partagées par toutes ces âmes et la joie qu’elles ont d’être ainsi réunies.
Une de leurs mains s’approche, et au milieu des rires, sur la pointe des doigts, serein, il libère le goulot dans un claquement d’adieu.
Loin de l’abandonner à son funeste sort, je l’emporte avec mes souvenirs et lui accorde une place de choix, dans cet écrin, parce qu’un diamant ça mérite mieux qu’une poubelle ou un feu, même si c’est un bouchon-diamant.
Tout comme une amitié pareille, ça mérite mieux que le titre de virtuel, parce qu’une amitié-diamant ça peut être éternel.

07 novembre 2006

Miroir, mon beau miroir

Je lis et relis chaque soir « Blanche Neige » (version des frères Grimm) à ma fille, inlassablement.
C’est une de ses histoires préférées.
Il est des classiques qui ne prennent pas une ride (sic) et qui font partie intégrante du patrimoine de l’enfance.
Cette enfance qui deviendra vie adulte, cette petite fille qui deviendra jeune femme, avec notamment en tête l’idée qu’elle se doit d’être jolie pour mériter son prince charmant ( qui ne tombe amoureux que de la douce apparence de Blanche Neige), et cette notion de conflit/compétition avec une (belle-)mère qui désire rester jeune et jolie à tout jamais…
Comme la marâtre dans un chaudron ajoutons une pincée de Cendrillon qui n’est digne d’intérêt que richement arrangée (et elle aussi en compétition physique avec ses sœurs), une louche de peau d’âne obligée de s’enlaidir pour échapper aux avances (certes, de son père, mais ça c’est une autre histoire), et un soupçon de Belle au bois dormant qui ne tire son nom que de ses attributs sans que l’on aborde où que ce soit son niveau intellectuel.
Piochons maintenant dans la «vie réelle» la silhouette improbable des poupées B*rbie, une cuillérée de pression soudaine des pouvoirs publics sur l’obésité infantile, une bonne livre de baby marketing qui les traite en mini-adultes, une poêlée de générations de mamans à qui l’on fournit des possibilités pour tenter de retarder le vieillissement et qui enchaînent souvent les pseudo régimes, une pile de couvertures de magazines où s’étalent la maigreur, des visages creusés sans vie rehaussés de blush et un bouquet d’idoles tout aussi dégraissées.
Nous avons maintenant une idée assez précise de la place que peut tenir la beauté dans la vie d’une femme, avant d’en être au stade où elle aura dépassé tout cela, tant est qu’elle le fasse un jour : je connais plus d’une femme de la 7ème dizaine qui tient à sa coquetterie.
La beauté intérieure, c’est bien beau en théorie, dans les conversations philosophiques et les galas de charité, mais en pratique c’est rarement la première chose que l’on a l’occasion de voir chez l’autre ou de montrer de soi (sauf via les blogs, et c’est en ça qu’ils ont une longueur d’avance sur la réalité).
Et même si la beauté n’est que dans les yeux de celui qui la regarde, les complexes y sont aussi malheureusement trop souvent.
Quand on parle de beauté intérieure à une fille, elle a des raisons de se poser des questions, voilà la cruelle vérité officieusement admise.
Et que le premier qui n’a jamais rien fait pour embellir autre chose que son âme me jette la première pierre.
Il y en a même de plus en plus nombreuses, et de plus en plus jeunes surtout, qui vont jusqu’à se refaire un physique à coups de scalpel pour entrer dans la sacro-sainte «norme» qu’on nous impose à toutes les sauces (allégées).
La poitrine est calibrée, la taille ajustée, les cuisses affinées et le mollet regalbé.
Sur ce point je rejoins madame Sardou, qui disait quelque chose comme «la chirurgie esthétique, c’est comme refaire la décoration de sa maison : on rafraîchit le salon, puis on se rend compte que la cuisine a besoin d’un coup de peinture, puis c’est la salle de bains qui part en décrépitude, et après avoir fait le tour des pièces on en finit par revenir au salon et tout recommencer».
A côté de ça, un quadragénaire dont les yeux seront masqués et la voix modifiée par respect de l’anonymat m’a confié récemment, suite à mes inquiétudes sur l’impact de la trentaine, que nos petits défauts pouvaient être autant d’atouts de séduction.
Je cite : «(…) pour un homme psychiquement équilibré qui accumule les années (là il dit son âge exact), la femme qui a dépassé la trentaine et qui approche de la quarantaine [ouvre bien tes oreilles, enfin surtout tes yeux, toi qui est concernée] est très, très séduisante.
Non seulement par son expérience de vie, et de ce qu'elle peut vous apporter dans la discussion, mais aussi physiquement.
Le fait d'avoir eu un ou plusieurs enfants n'est pas un handicap, bien au contraire!
Les rondeurs qui s'installent, le grain et la texture de la peau qui change, la profondeur de son regard (et biiiip c’est là que je censure pour les âmes sensibles) sont des points très, très positifs. Même la cellulite ou des cicatrices peuvent émouvoir, je le jure main sur le coeur.»
Plus loin il me dit encore : «(…) sachez que des aisselles parfaitement rasées sont moins attirantes, le moment venu, qu'une aisselle savamment et légèrement négligée. Les ridules autour de vos yeux sont autant de petites marches vers le ciel pour un homme digne de ce nom. Aussi l'avenir de la femme à partir de la trentaine est brillant, si elle réussit à passer outre les mensonges de la pub, des machos sans cervelle et des médias.»
Alors moi je dis d’accord, entièrement d’accord, sauf que la pub, les médias et les machos sans cervelle sont présents partout, et que si j’abandonne mon déo, mon épilateur, le maquillage et que je laisse mes cheveux vivre leur vie tranquille on risque davantage de me jeter des cailloux que de chercher à me séduire.
Plus sérieusement, heureusement qu’il y a des hommes sensés pour redonner sa vraie valeur à la beauté féminine, on s’y perdrait nous-mêmes et ce serait dommage.
Dommage aussi que la plupart des jeunes filles ne se doutent pas de cette richesse future, ne profitent pas de leur jeunesse autrement et passent leurs plus belles années à se torturer au nom de la dictature du paraître.
On devrait leur dire qu’un jour un homme les regardera comme elles ne l’auront jamais été auparavant, avec les yeux de l’amour, et que ce jour elles prendront conscience de leur beauté unique, que ce jour elles se sentiront Blanche-Neige, peu importe leur physique.
Je précise tout de même au passage que mon approche personnelle de la beauté féminine ou masculine rassemble également plusieurs critères très subjectifs et aléatoires n’ayant rien à voir avec les standards du genre, qui se rapprochent davantage des termes « charme » ou « charisme », et que je suis plus attentive à ce que dégage une personne, ses gestes, sa façon de marcher ou de parler qu’à ses attributs physiques.
Et vous, qu’est-ce qui vous fait craquer ?

01 novembre 2006

C'est arrivé près de chez vous

Les anniversaires se suivent et ne se ressemblent pas.
Il en est un autre aujourd’hui à marquer d’une pierre noire, celui d’un événement dont le souvenir me hante encore trop souvent un an après, ce genre de truc qui n’arrive qu’aux autres, jusqu’à y être soi-même confronté.
Nous étions partis en famille en ce long week-end de Toussaint souffler la première bougie de mon fils dans mes Vosges natales.
Nous terminions de déjeuner chez son parrain, et je ne sais même plus si nous avons eu le temps de goûter au gâteau, la suite est allée si vite…
Tout se déroulait à merveille, jusqu’à ce fameux coup de fil.
« Allo Madame CarrieB ? Oui, gendarmerie de Playmoville, nous sommes chez vous ».
Tout se bouscule dans ma tête. Chez moi ? Que font-ils chez moi ?
Mon visage se décompose au fur et à mesure qu’en quelques dixièmes de secondes mon cerveau fait le tour des options possibles pour n’en retenir que deux : incendie ou cambriolage, mon Dieu.
Ou alors ils ont testé et réussi un procédé révolutionnaire de téléportation et sont arrivés là par accident mais ça paraît moins plausible.
Et comment les gendarmes ont-ils trouvé mon numéro de portable ?
Je ne l’affiche pourtant pas sur ma boîte aux lettres et la plupart des voisins ne l’ont pas, les seuls à l’avoir sont eux aussi partis en week-end.
Je voudrais demander, questionner, savoir, mais aucun son ne sort de ma bouche : la peur d’entendre la suite et que mes soupçons soient confirmés me paralyse.
Et le couperet tombe : « Votre maison a été visitée ». Ah. Visitée.
Donc des gens sont entrés, ont fait le tour du propriétaire, admiré les tableaux et la déco, et sont repartis gentiment c’est ça ?
Non non ça n’est pas ça.
Et les gendarmes de me dire que mes « visiteurs » ont retourné la maison, démonté la serrure au pied de biche, mais que c’est moindre mal : a priori ils n’ont pas pu emporter grand chose.
Ils me disent aussi qu’après avoir fait leur paperasse d’usage ils s’en vont, laissant ma maison vide et ouverte sans remords, et qu’ils ont trouvé mon numéro de téléphone en fouillant dans mon carnet répertoire. Ils n’ont qu’à faire comme chez eux et se servir une bière aussi, tiens.
Ce sont les voisins d’en face qui ont donné l’alerte, alors que la porte d’entrée s’était ouverte en grand suite à un coup de vent. Avec les volets fermés ça ne collait pas.
Branle-bas de combat, retour chez mes parents pour plier bagages, appel de l’assurance, des voisins partis en week-end (histoire de les affoler pour rien), d’un serrurier-express et d’une amie pour aller l’attendre.
Les 500 km du retour sont un calvaire, entre s’imaginer le pire et tenter de l’expliquer à ma fille (oui parce que mon fils, pour le coup, il s’en moque un peu à un an), tout en dédramatisant mais en n’arrivant pas à dissimuler mon désespoir et ma peur.
Arrivée à la maison, les enfants restent dans la voiture.
Etat des lieux rapide, prise de clichés, et surtout remise en ordre des chambres des enfants : il faut qu’ils pensent qu’ils ont été épargnés, ce qui n’est pas le cas.
Visuellement c’est un désastre, tous les placards ont été vidés, les armoires de vêtements saccagées, les portes marquées au crayon et des bouteilles d’alcool entamées traînent sur le sol.
Ma fille rentre et, bien qu’endormie à moitié, vomit sur le sol du salon.
Une fois les enfants couchés et les draps des lits changés, la nuit est consacrée au rangement intégral et à la liste approximative des objets volés.
Ce sont sans doute des jeunes : ils ont pris les sacs de sport et les ont chargés de tout ce qu’ils pouvaient, du lecteur DVD à la collection de DVD ou aux vêtements et baskets de marque, mais peu importe, les choses matérielles sont sans importance.
Ce qui fait vraiment mal, c’est de savoir avec quelle facilité des inconnus ont pénétré notre intimité, et ce n’est pas un vain mot car c’est dans ma chambre qu’ils se sont attardés, cherchant sans doute de l’argent liquide que je n’ai pas sous une pile de vêtement ou sous le matelas.
Ce qui fait vraiment mal, c’est de voir qu’ils se sont amusés avec mes sous-vêtements et qu’ils en ont dispersé dans toutes les pièces.
Ce qui fait vraiment mal, c’est qu’ils aient pu voir les photos familiales et nous croiser dans la rue comme si de rien n’était.
Ce qui fait vraiment mal, c’est qu’ils se soient éclairés à la bougie et l’aient jetée sur le tas de vêtements en sortant par la fenêtre de la chambre.
Une chance dans mon malheur que ça n’ait pas pris feu.
Ce qui fait vraiment mal, c’est de savoir que, malgré le témoignage et la description d’un autre voisin qui les a croisés en rentrant du travail, et malgré les empreintes digitales relevées sur les bouteilles, un gendarme m’a dit « ne vous faites pas trop d’illusions », et j’ai bien compris par son regard entendu qu’il ne les chercherait même pas.
Ce qui fait vraiment mal enfin, ce sont les cauchemars de ma fille pendant plusieurs mois, la peur qu’ils reviennent chercher le reste, le stress des départs en week-ends ultérieurs et mon angoisse au moindre bruit suspect.
Ce qui fait vraiment mal, c’est la bêtise humaine.