28 juin 2006

Phobien avoir peur...

Puisque mon blog peut être considéré par certains aspects comme un élément de psychothérapie, il me paraît indispensable de parler de mes phobies.
Je veux parler de celles créées de toutes pièces par les traumatismes télévisuels de mon enfance, qui sont peut-être aussi les vôtres si vous êtes de ma génération.
Car à l’époque, jeune lecteur-trice vingtenaire, le petit écran n’offrait que peu de possibilités : 3 chaînes, point de parabole ni même de télécommande à l’horizon.
Il y avait donc énormément de chances pour qu’un soir donné et béni d’autorisation de séance télé, toutes les familles de l’hexagone se délectent du même film.
Et ce fut le cas, à coup sûr, pour « Les dents de la mer », mon premier film-qui-fait-vraiment- peur-dans-le-ventre.
Je vous entends ricaner qu’on voyait bien que c’était un requin mécanique et que les trucages étaient à 2 balles.
N’empêche que j’étais bien jeune, que c’étaient les prémices des effets spéciaux et que le pseudo-squale en question est à l’origine de bien de mes cauchemars et d’une crainte récurrente au moment de la baignade en mer.
D’ailleurs si vous regardez avec attention pendant vos si mérités congés payés, depuis votre serviette de plage en direction de là-où-ça-mouille-salé, vous pourrez observer un phénomène étrange : Les nageurs trentenaires ne s’éloignent jamais trop du rivage et fuient les eaux profondes comme la peste ! C’est le syndrome « Jaws ».
Le sujet a largement été revisité depuis, entre les suites improbables et les déclinaisons en requins génétiquement modifiés et doués d’une intelligence supranormale.
Oui, j’ai regardé « Peur Bleue », l’autre soir : c’est ce qui a réveillé ces douloureux souvenirs et confirmé mon incompatibilité d’humeur avec cet animal.
L’autre grand choc télévisuel de mes plus jeunes années est incontestablement "La 4ème dimension ».
Pour ceux qui ne connaissent pas, « The Twilight Zone » est une série fantastique des années 60, rediffusée en l’occurrence sur la 1ère chaîne dans les années 80, où nous sommes transportés dans une autre dimension, faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d'esprits.
Chaque épisode présente un personnage qu’une situation particulière va faire basculer dans la fameuse 4ème dimension, voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination, torture psychologique significative de nos craintes les plus enfouies.
En ce qui me concerne, les épisodes « the Dummy » et « a stop at Wiloughby » m’ont marquée à tout jamais.
Le premier est l’histoire d’un ventriloque raté terrorisé par sa marionnette et qui finit par une inversion totale et dramatique des rôles.
Le second suit un couple qui se réveille dans une ville aussi fantôme qu’inconnue mais proprette et découvre, terrorisé et sur fond de rire d’enfant récurrent, que tout, des meubles aux arbres, y est factice.
En quête d'un moyen de quitter cette ville fantôme, il prennent un train qui les y ramène après un tour... pour leur plus grand effroi, jusqu'à ce que soudain, la vérité leur soit révélée.
Le couple malheureux, voit avec terreur une main gigantesque les ramasser à la descente du train...et le plan final révèle au spectateur médusé que nos protagonistes sont devenus les jouets malgré eux d'une famille extra-terrestre et pourtant en tous points ressemblant aux humains, que papa a ramené la veille d'une excursion sur Terre, en cadeau à sa petite fille...
Depuis les ventriloques et marionnettes sont bannis de mes fréquentations (assez facile à appliquer, me direz-vous), et j’ai toujours la crainte qu’une énorme main vienne secouer mon monde et m’attraper par le cou.
Allusion d’autant plus perturbatrice qu’elle constituait ma première remise en cause du nombrilisme infantile et me forçait à analyser l’univers dans sa globalité. Ben oui.
Etrangement je n’ai pas succombé à l’arachnophobie pourtant répandue, et ce n’est pas faute d’avoir vu « La veuve noire » !
En fille de la campagne, les araignées et moi cohabitons depuis toujours en bonne intelligence, surtout dans la mesure où elles se font discrètes.
En parallèle de ces expériences télévisuelles marquantes, « La petite maison dans la prairie » et « La croisière s’amuse » se sont heureusement chargées de préserver quelques illusions de bonheur parfait…
"La peur ne peut se passer de l'espoir, et l'espoir de la peur"
Baruch Spinoza

22 juin 2006

Net, Mensonges et Gros mythos

Mes nouveaux amis virtuels me demandent souvent comment je fais pour être aussi parfaite.
Belle, intelligente, avec un grand sens de l’humour…hum.
Effectivement, comme vous ne manquerez pas de me le faire remarquer intelligemment, cette interrogation vient en grande majorité d’un public masculin, donc forcément plus ou moins intéressé.
Effectivement aussi vous me trouvez bien présomptueuse, voire mythomane disons le franchement, de commencer un article comme ça. J’en conviens.
Qu’en est-il réellement ?
Ne nous voilons pas la face, Internet est un merveilleux outil dans le sens où il permet toutes les fantaisies.
Le mensonge, avec notamment le nombre impressionnant de pseudo-ingénieurs en aéronautique que j’y rencontre, est monnaie courante.
On sympathise avec des internautes qui, au fil des discussions, de célibataires s’avèrent mariés, de new yorkais deviennent stéphanois et de vingtenaires en comptent en fait autant de plus au compteur.
Et tout ça sans aller sur les sites de rencontres spécialisés, et sans chercher l’âme sœur, alors j’imagine facilement le calvaire des personnes concernées pour distinguer le faux du vrai.
Je ne m’y adonne évidemment pas, vous me connaissez : ça n’est pas mon genre de raconter des bobards. Qui ricane ?
Non, c’est juste que je ne m‘étale pas sur la liste de mes défauts : ce serait anticommercial.
Qu’y a-t-il de mal à ne montrer que le meilleur de soi, le dessus de l’iceberg ?
Mon blog a beau être une fenêtre sur ma vie, il ne montre pas toutes les pièces de mon intérieur, fort heureusement.
Qui s’intéresserait encore à une fille qui se déclare d’entrée de jeu invivable, maniaque, autoritaire, exigeante, rancunière, indécise et j’en passe et des bien pires ?
Ne dites pas «moi» : là c’est sans doute un mensonge…
Ces défauts (les miens, vous aurez bien compris) sont à peu près acceptables, découverts à doses homéopathiques au fil des mois ou des années, et habilement mélangés à quelques qualités.
Donc je ne mens pas, non, j’oublie volontairement d’évoquer mon côté obscur, c’est tout.
J’admets qu’un ouvrier de 45 ans, divorcé avec 3 enfants et résidant en HLM à Bar-sur-Aube, ait envie de rêver et de faire rêver.
Mais fonder une amitié, ou plus si affinités, sur un mensonge n’est pas selon moi le meilleur des commencements, surtout quand les choses « améliorées » sont des points importants.
La personne qui ment court le risque d’avoir un spécimen identique en face d’elle, d’où sans doute des déceptions à répétition et un cercle vicieux qui s’installe.
Et d’où la fameuse rencontre improbable entre un transsexuel qui a «oublié» de mentionner sa «différence» et un petit paysan rondelet qui a enjolivé sa description.
Alors ma conclusion serait : «l’omission, ça passe ; le mensonge, ça casse».
Pour tout vous dire, je voulais m’inscrire sur Meetic sous une fausse identité pour faire un rapport de mes rencontres virtuelles dans un article et rigoler un bon coup, niark niark niark.
J’y suis restée en tout et pour tout 5 minutes, le temps qu’on me contacte au moins une vingtaine de fois pour faire d’avantage connaissance. Dégonflée.
Je me suis dit que je serais incapable de tenir et entretenir le mensonge et que j’allais peut-être faire du mal à des gens sincères, alors à la place j’ai écrit cet article.
Pétrie de défauts mais pas un mauvais fond, la Carrie.

18 juin 2006

Qui veut gagner rien du tout?

Allez, une fois n'est pas coutume, un petit sondage sur LE sujet du moment...

Premier pallier : qui va gagner la coupe du monde 2006?

la France (ha ha ha, je me sens un peu obligée)
l'Argentine (mes favoris bien avant leur victoire écrasante)
l'Allemagne (ben oui, ils sont chez eux quand même)
n'importe quelle autre équipe de votre choix
je m'en fous moi de la Coupe du Monde
Mickaël Schumacher (ah non, il peut pas faire ça tout seul)
la réponse 7

17 juin 2006

De quoi se faire des cheveux

Je ne juge pas les gens sur les apparences, non.
Tiens, pas plus tard que la semaine dernière je suis allée chez le coiffeur, temple suprême s’il en est du culte de l’image et des conversations superficielles.
Soit dit en passant, je passe peut-être pour psychorigide mais je n’arrive pas à déballer ma vie à quelqu’un que je connais depuis 30 secondes et qui fait semblant de s’intéresser à moi pour passer le temps et dans un objectif précis de fidélisation client.
Enfin bref, je ne parle pas ou réponds poliment par « oui » ou « non » aux questions que l’on me pose, ne serait-ce que pour ne pas perturber la concentration sur ma coupe, dont le SEUL résultat décidera de ma fidélisation !
Pas comme la vieille dame, là, qui raconte dans le détail les mésaventures amoureuses de sa petite-fille et se met à les hurler au moment du brushing : oui, la coiffeuse pose bien sûr une question ouverte juste avant d’appuyer sur le bouton du sèche cheveux, un peu comme le dentiste qui vous demande comment se sont passées vos vacances alors que votre bouche est pleine de pâte à empreinte.
Bref, je m’égare.
Comme tous les mois j’avais décidé de laisser pousser mes cheveux, mais comme tous les mois les mèches qui commençaient à me caresser le cou m’horripilaient.
J’avais donc décidé de les recouper, mais de changer de salon de coiffure, le mien m’ayant déçu à deux reprises, une coupe ratée et mon cuir chevelu anéanti par 3 heures de décoloration-recoloration pour un résultat improbable la dernière fois.
Je me suis dit qu’il fallait rompre la fatalité du « jamais deux sans trois », et j’avais donc pris rendez-vous avec un des rares que je n’avais pas expérimentés (pas coiffeurs, salons, voyons).
Je vous rappelle que je ne juge pas les gens sur les apparences, c’est important pour la suite.
J’entre dans le salon et constate qu’il n’y a qu’une cliente (un samedi après-midi), et une seule coiffeuse.
Enfin on pourrait facilement croire à un travesti d’un âge certain ou à une nageuse tchèque sur le retour : 1m80, de longs cheveux blonds décolorés et desséchés relevés en chignon crêpé, et un maquillage à la truelle cache-misère.
Elle est d’une absolue politesse et me suggère de regarder quelques modèles pendant qu’elle allonge sa couleur (pas trèfle ou carreau, hein, on suit toujours ?).
Proposition étrange et inhabituelle, car la faible longueur de mes cheveux ne permet pas beaucoup de fantaisie.
Soit, je jette un œil, et lorsqu’elle me rejoint je lui dis qu’elle n’a qu’à rafraîchir ma coupe d’un ou deux centimètres.
Elle insiste pour que je regarde parmi les modèles et me sort l’intégralité des catalogues des 3 dernières années.
Mon Dieu, ne sait-elle pas faire une coupe sans modèle ?
Elle tourne les pages d’une bonne vingtaine de books de ces doigts tremblants.
Tremblants ? oui : tremblants.
Et sa tête aussi bouge, comme celle de ces petits chiens kitsch à l’arrière des voitures, irrésistiblement et irrémédiablement.
Visiblement ma Loana soixantenaire a la maladie de Parkinson.
Je la plains, vraiment et sincèrement, parce que je saisis que chaque geste est une lutte permanente contre elle-même, pour stabiliser sa main, maintenir son port de tête.
Une pensée m’effleure : Elle va me couper les cheveux, avec des ciseaux de surcroît.
Et là où d’autres prendraient leurs jambes à leur cou, moi je reste : après tout ce n’est pas de la microchirurgie et elle ne doit pas m’enlever une tumeur au cerveau.
Certes la coupe prend un peu plus de temps que d’habitude, mais les ciseaux ne filent pas.
Elle respecte mon silence et ne cède pas à la tentation de trop couper, comme d’autres qui pensent qu’une bonne coupe se juge au nombre de cheveux tombés au sol.
Bon, ça se gâte un peu au moment du brushing, où elle m’asperge la tête de spray fixant avant de sécher et de remettre une couche de cire surmontée d’un nuage de laque.
J’avais justement fabriqué des pièges à guêpes le matin même et me disais que ma chevelure collante n’avait rien à leur envier.
Il n’empêche que, passés les 3 shampoings nécessaires au dégraissage, il a fallu se rendre à l’évidence : j’ai rarement eu une coupe aussi réussie !
Quand je vous dis que je ne juge pas les gens sur les apparences…
A vous : Une petite anecdote sur le pire souvenir chez le coiffeur?

11 juin 2006

Carton rouge!

Puisque chacun y va de son article sur la Coupe du Monde, je ne vais pas faire bande à part et rejoins le mouvement vert gazon.
Ironie du sort, en ce premier vendredi soir de Coupe du Monde, c’est moi qui suis assise sur mon canapé, une bière à la main, devant le match Pologne/Equateur.
Je ne suis pas de celles (nombreuses) qui se sont autoproclamées fans de foot aux abords de la finale 98, non.
C’est plutôt à ce moment-là que j’ai décidé de tout laisser tomber, à vrai dire.
Déjà enfant, le père-noël avait apporté un baby-foot rien que pour moi.
A l’adolescence, c’est l’OM des Papin et des Waddle (amis parisiens bonjour) qui m’a initiée au foot-avec-des-joueurs-qui-courent-pour-de-vrai.
Au début il faut bien dire qu’avec 3 filles à la maison, il a bien fallu qu’il y en ait une qui se dévoue pour les soirées foot à la télé avec papa.
Après une phase d’observation avec apprentissage des règles, somme toute assez simples, j’ai commencé à développer les premiers symptômes de ce que j’appelle "syndrome de l’entraîneur".
Ce virus contagieux qui fait que l’on est accepté par ses pairs supporters, qui vous regardent d’un air entendu et surenchérissent à chaque commentaire.
Cette pathologie étrange qui fait que l’on se met à hurler des consignes aux joueurs depuis notre canapé, en n’oubliant pas d’insulter l’arbitre et de lyncher l’équipe adverse au passage.
C’est très simple. Il faut juste choisir son camp au départ et ne pas en changer en cours de match en fonction du score (ah non malheureux !).
Avec les matches de l’équipe tricolore, c’est tout naturellement que j’ai suivi le championnat, à l’époque des Divisions et des pénalty-goal average-corner, nuls et non avenus désormais.
Par confort kilométrique, j’avais jeté mon dévolu sur l’équipe la plus proche et la mieux classée du département.
Pas la favorite du championnat, ni même celle qui comptait le plus de jolis petits arrière-trains, comme de mauvaises langues le supputeront.
J’ai appris par cœur le nom des joueurs, suis allée voir les matches à domicile, puis à l’extérieur, les entraînements, et j’ai même voyagé dans le bus des supporters officiels.
Dans les gradins ou en pelouse, j’ai supporté le vent, la pluie, le froid, la neige, mon équipe, et le brouillard, suivant un match entièrement à l’oreille, incapable de distinguer ni joueur ni ballon.
Toujours fidèle au poste, dans les moments d’allégresse comme dans ceux où elle était au plus bas, et elle a effectivement touché le fond, mais ça c’est une autre histoire.
Après la victoire des bleus en Coupe du Monde, j’ai ressenti le "syndrome Aymé Jacquet" : celui d’un objectif accompli et de la fin d’une mission.
Avec mon changement de vie personnelle, j’ai fait une croix sur mon passé, et le ballon rond en faisait partie.
J’ai survolé quelques matches ici ou là, mais suis définitivement hors-jeu, ou plutôt sur la touche !
J’ai fait de belles rencontres, notamment celle, inoubliable, du grand George Weah, qui m’a même gratifié d’un baise main (mes respects, monsieur le presque président).
J’ai vécu de belles émotions, comme seul le sport vous en procure.
Mais trop de foot tue le foot alors, à saturation, ce soir, je dis « carton rouge ».
Qui a gagné le match au fait ?
Oui, la différence c’est que maintenant il y a mon PC entre la télé et moi !

05 juin 2006

Friday night fever

Je suis allée en boîte de nuit.
Moi la vieille-de-bientôt-30-ans-qui-se-croit-jeune.
Un vendredi soir. Erreur.
J’ignorais que le vendredi soir était réservé aux moins de 20 ans.
Bon d’accord, c’était gratuit pour tout le monde, donc évidemment c’était plein à craquer à 23 heures et nous sommes arrivées à 23h55.
Bon d’accord j’étais trop habillée : après moultes hésitations et essayages j’avais opté pour un top en voile prune ultra décolleté impression matriochkas.
J’avais vraiment peur que ce soit too much, alors je l’avais jouée sobre en bas avec pantalon noir classique et chaussures plates confortables tout aussi noires.
Mes inquiétudes se sont vite envolées face à la garde-robe minimaliste de mes congénères féminines.
Bon d’accord la majorité n’était pas majeure justement, et je ne pense pas me tromper beaucoup en disant que 16 ans était la moyenne d’âge des demoiselles présentes.
Bon d’accord il y en a qui sont jolies et bien faites et qui en ont conscience. Mais bon.
Une mini-jupe qui ressemble d’avantage à une ceinture, un top plus exhibitionniste qu’évocateur (oui moi aussi mais c’est pas pareil), des talons aiguille empruntés à leurs mères, des lunettes de soleil serre-tête, bracelets et portable clignotants façon sapin de noël et un maquillage de voiture volée…
Bon d’accord, elles pensent sans doute qu’en se déguisant façon pretty woman elles vont trouver le Richard Gere de leur vie.
Bon d’accord, je me suis demandée une partie de la soirée si leurs parents les laissaient sortir dans cet accoutrement ou si elles se changeaient en cours de route.
Raisonnablement j’ai opté pour la 2ème réponse : elles enlèvent le superflu (pantalon et tissu sur le ventre) chez une copine, dans la voiture ou aux toilettes.
Bon d’accord, le clan masculin n’était pas mieux représenté, uniformisé jean-Tshirt blanc-portable-verre plein-acné.
Bon d’accord, les seuls spécimens à qui j’ai adressé la parole avaient depuis longtemps dépassé le stade de l’articulation des syllabes et du minimum de politesse.
Bon d’accord, j’ai réussi à comprendre qu’ils trouvaient ma poitrine jolie (pxxxxx t’as une de ces paires de seins !) et que je paraissais vieille (pxxxxx t’as au moins 25 ans !).
L’alcool aidant, la franchise est de mise .
Bon d’accord, un des videurs s’était mis en tête de me chaperonner toute la nuit pour une raison inconnue.
M’avait-il prise en pitié en tant que doyenne ?
Toujours est-il que le malheureux qui a osé tenter de défaire insidieusement le nœud qui tenait le bout de tissu sur ma poitrine n’a pas eu le temps d’effleurer ma nuque.
Ledit videur l’a attrapé au vol et a manqué de lui refaire le portrait.
Bon d’accord, après plus personne n’osait m’aborder, ou n’avait envie, mais je préfère me dire ça.
D’accord.
N’empêche qu’ils faisaient moins les malins, tous autant qu’ils étaient avec leur insultante jeunesse, devant ma démonstration de pogo sur Indochine et Cure.

Mais bon d'accord, là je savais plus trop ce que je faisais…

03 juin 2006

Le clan des idiots

Quel est cet ingrédient X qui fait passer deux êtres en apparence tout à fait normaux, au QI raisonnable et à la vie sociale et festive active, du statut d’adultes responsables à celui de sédentaires gagatisants lobotomisés-à-sujet-de-conversation-unique ?
Un bébé bien sûr ! Un enfant de l’amour ou du hasard qui provoque un bouleversement hormonal tant chez sa mère que chez son géniteur.
J’ai moi même vécu, impuissante, cette transition étrange à la naissance de ma fille.
Ce n’était pourtant pas faute de m’être dit qu’à moi ça n’arriverait certainement pas.
Il faut bien avouer que je n’avais jamais eu vraiment d’atomes crochus avec les moins de 5 ans, gnomes malins à la propreté et au langage douteux.
Les stérilisateurs, chauffe-biberons et autres mouche-bébé étaient des dispositifs dont j’ignorais les secrets de fonctionnement et dont j’ai dû apprendre par cœur la notice plusieurs mois à l’avance.
Et puis je ne sais pas ce qui s’est passé, quand j’ai pris dans mes bras cette crevette fripée et ensanglantée (beûrk) il a dû se produire une sorte de déclic, ou alors (plus probable), quelqu’un m’a inoculé en même temps que l’anesthésiant de la péridurale le gène de la parentalité.
Et tout à coup je suis devenue celle-là même que je détestais la veille : «mon bébé est le plus merveilleux (sous-entendu, plus que le tien), le plus beau (idem), le plus gentil (idem), et j’ai telllllllement de choses à vous raconter sur lui/elle !».
C’est bien simple, il y en a tellement justement, des choses, qu’on ne sait plus s’arrêter, ni même penser à parler d’autre chose.
Et peu importe si l’autre s’en moque royalement, feint le coup de téléphone urgent à passer ou manque de s’endormir.
De toutes façons quoi qu’on en dise on le sait qu’on gène le monde avec nos histoires de régurgitations, de coliques et de nuits en pointillés, mais tant pis : c’est un besoin viscéral d’épanchement.
Si je faisais de la psychologie à 2 balles j’en déduirais que ce phénomène de déballage personnel exorcise en quelque sorte la peur de ne pas être à la hauteur du nouveau statut de parent, mais c’est juste une idée.
Et le pire, c’est que nous sommes si fiers de notre œuvre que nous n’aspirons qu’à réitérer l’expérience, après avoir plus ou moins assimilé les bases et enjeux du rôle de parent, pour peu que les deux membres du couple soient à peu près en phase sur les principes d’éducation.
On s’entend sur les grandes lignes avant la naissance, mais la réalité est toute autre et il n’est pas rare de clamer son désaccord devant sa progéniture perplexe.
On lit «le manuel du parent parfait» et on se rend vite compte que la barre est trop haute et que faire de son mieux c’est déjà pas si mal et pas donné à tout le monde !
On essaie de ne pas se laisser déborder ni envahir par ces petits êtres dotés d’un fort pouvoir de persuasion à grands renforts de cris, battements de cils et bisous baveux.
Avec le temps on apprend à apprécier (un peu) les enfants des autres, au pire à compatir à la résignation de leurs parents, et au mieux à être tenté de les échanger avec les nôtres.
On apprend à comprendre le désintérêt des autres, mais nos bambins restent à tout jamais et envers et contre tout notre sujet de prédilection.

«Un des plus clairs effets de la présence d’un enfant dans le ménage est de rendre complètement idiots de braves parents qui, sans lui, n’eussent peut-être été que de simples imbéciles»

Georges Courteline
Alors, prêts ou pas prêts à rejoindre le clan des idiots?