03 juin 2006

Le clan des idiots

Quel est cet ingrédient X qui fait passer deux êtres en apparence tout à fait normaux, au QI raisonnable et à la vie sociale et festive active, du statut d’adultes responsables à celui de sédentaires gagatisants lobotomisés-à-sujet-de-conversation-unique ?
Un bébé bien sûr ! Un enfant de l’amour ou du hasard qui provoque un bouleversement hormonal tant chez sa mère que chez son géniteur.
J’ai moi même vécu, impuissante, cette transition étrange à la naissance de ma fille.
Ce n’était pourtant pas faute de m’être dit qu’à moi ça n’arriverait certainement pas.
Il faut bien avouer que je n’avais jamais eu vraiment d’atomes crochus avec les moins de 5 ans, gnomes malins à la propreté et au langage douteux.
Les stérilisateurs, chauffe-biberons et autres mouche-bébé étaient des dispositifs dont j’ignorais les secrets de fonctionnement et dont j’ai dû apprendre par cœur la notice plusieurs mois à l’avance.
Et puis je ne sais pas ce qui s’est passé, quand j’ai pris dans mes bras cette crevette fripée et ensanglantée (beûrk) il a dû se produire une sorte de déclic, ou alors (plus probable), quelqu’un m’a inoculé en même temps que l’anesthésiant de la péridurale le gène de la parentalité.
Et tout à coup je suis devenue celle-là même que je détestais la veille : «mon bébé est le plus merveilleux (sous-entendu, plus que le tien), le plus beau (idem), le plus gentil (idem), et j’ai telllllllement de choses à vous raconter sur lui/elle !».
C’est bien simple, il y en a tellement justement, des choses, qu’on ne sait plus s’arrêter, ni même penser à parler d’autre chose.
Et peu importe si l’autre s’en moque royalement, feint le coup de téléphone urgent à passer ou manque de s’endormir.
De toutes façons quoi qu’on en dise on le sait qu’on gène le monde avec nos histoires de régurgitations, de coliques et de nuits en pointillés, mais tant pis : c’est un besoin viscéral d’épanchement.
Si je faisais de la psychologie à 2 balles j’en déduirais que ce phénomène de déballage personnel exorcise en quelque sorte la peur de ne pas être à la hauteur du nouveau statut de parent, mais c’est juste une idée.
Et le pire, c’est que nous sommes si fiers de notre œuvre que nous n’aspirons qu’à réitérer l’expérience, après avoir plus ou moins assimilé les bases et enjeux du rôle de parent, pour peu que les deux membres du couple soient à peu près en phase sur les principes d’éducation.
On s’entend sur les grandes lignes avant la naissance, mais la réalité est toute autre et il n’est pas rare de clamer son désaccord devant sa progéniture perplexe.
On lit «le manuel du parent parfait» et on se rend vite compte que la barre est trop haute et que faire de son mieux c’est déjà pas si mal et pas donné à tout le monde !
On essaie de ne pas se laisser déborder ni envahir par ces petits êtres dotés d’un fort pouvoir de persuasion à grands renforts de cris, battements de cils et bisous baveux.
Avec le temps on apprend à apprécier (un peu) les enfants des autres, au pire à compatir à la résignation de leurs parents, et au mieux à être tenté de les échanger avec les nôtres.
On apprend à comprendre le désintérêt des autres, mais nos bambins restent à tout jamais et envers et contre tout notre sujet de prédilection.

«Un des plus clairs effets de la présence d’un enfant dans le ménage est de rendre complètement idiots de braves parents qui, sans lui, n’eussent peut-être été que de simples imbéciles»

Georges Courteline
Alors, prêts ou pas prêts à rejoindre le clan des idiots?

5 commentaires:

alexia a dit…

Je ne sais pas à quoi ressemble un "mouche-bébé" en revanche je sais à quoi ressemble un bébé pas mouché (beurk), une jungle de crottes-de-nez (tiens voilà un mot que j'aurais pu mettre dans la catégorie "j'aime pas")!
J'aime les enfants, particulièrement ceux des autres;)il doit se passer quelque chose à la maternité, ils doivent injecter aux futures mères une dose de morphine qui leur permet de supporter leurs gosses pendant un certain nombres d'années!...

Stéf a dit…

Hééé oui, belle réalité que tu nous décris encore une fois !

Je fais partie du clan des idiots et j'en suis bien fière ;) :D !!

Tant que l'on n'a pas d'enfant, on ne peut pas comprendre mais une fois le bambin là... oulala, quel(s) changement(s) !!

Expérience à vivre...!!

CarrieB a dit…

@alexia : ben en fait c'est un peu en ton hommage que j'ai écrit cet article, suite à notre conversation récente.
Et je n'ose même pas te décrire le mouche bébé tellement ça peut paraître immonde expliqué comme ça (et quand on l'utilise c'est pas pour des crottes de nez, plutôt pour de la morve verdâtre, oups).
Tu as fait le petit test pour savoir si tu es prête j'espère?, ça t'aidera à y voir plus clair ;-)

@Stef : clan des idiots, tous ensemble tous ensemble, hé!

damoon a dit…

sur my space :

http://www.myspace.com/damoonindaspace

A bientôt !

papet a dit…

Je regrette de ne pas avoir retenu la formule exacte, mais quand on avait demandé à Guy Bedos ce que représentait pour lui le fait d'avoir des enfants, il avait répondu (à peu près) "de l'inquiétude"...
Ce serait à peu près ma définition, j'y ajouterai "des devoirs envers eux, qui n'ont pas demandé à venir au monde"