Entretien d’embauche : attention sport extrême !
Après le rafting, le parapente ou le bobsleigh, j’ai trouvé, un peu malgré moi, un nouveau hobby générateur d’adrénaline : l’entretien d’embauche.Il a l’avantage de n’être coûteux qu’en temps, même si le temps c’est de l’argent, enfin plus pour l’entreprise que pour le candidat quand même.
Il ne nécessite pas d’équipement particulier, juste une tenue correcte et un tant soit peu élégante, dans laquelle on se sente bien.
Au niveau des protections, ni casque ni harnachement : une solide personnalité est censée suffire, les attentes mesurées et les pieds sur terre.
Tout comme la veille d’une épreuve sportive, il vaut mieux éviter les abus et fêtes trop bien arrosées, sous peine de ne pas avoir le temps de retrouver tous ses moyens pour le face à face.
On peut manger presque ce que l’on veut au repas qui précède l’épreuve, sans craindre la nausée, sachant qu’il est toutefois recommandé d’éviter légumes secs et plats trop généreusement épicés, pour convenance personnelle tant que pour le confort de l’interlocuteur.
Pas d’exigences climatiques favorables, si ce ne sont celles qui permettent d’aller au point A domicile au point B lieu de l’entrevue par un moyen de transport approprié dans de bonnes conditions.
C’est une discipline qui se pratique de préférence seul, parce qu’en groupe la solidarité n’est pas toujours de mise, avouons le : les coups bas sont fréquents et l’esprit d’équipe totalement absent.
Elle nécessite d’être d’une ponctualité sans faille, sous peine non seulement de laisser une très très mauvaise impression, mais aussi et surtout de rater sa chance à tout jamais.
Avec un entraînement régulier, elle permet de garder le cap sur ses objectifs et d’en améliorer la pratique.
La condition physique y est moins importante que la psychologique : un long entraînement mental peut être nécessaire, avec option répétition orale, au volant de sa voiture ou dans le métro (pour les adeptes de la dernière minute), ou encore devant le miroir de la salle de bain (pour les nostalgiques des discomobiles des années 80, ou pour vérifier la cohérence de l’ensemble geste/discours/apparence).
Stimulé par l’adrénaline, il n’est pas rare d’y accomplir des exploits, tours de force de facilité d’élocution, d’assurance et d’aisance d’échanges dont on ne se serait pas senti capable quelques heures plus tôt.
Cela n’empêche pas l’entretien de pouvoir être aussi épuisant pour l’esprit que pour le corps (et ce, sans penser à la promotion canapé bien sûr), le stress causant inévitablement et entre autres quelques contractures musculaires et encombrant la tête de toutes sortes de questions aussi stupides qu’inutiles (puisque a posteriori).
Alors, comme avant et après le grand saut, les coups de fil et SMS affluent, pour encourager et rassurer d’abord, pour savoir et rassurer encore ensuite.
Dans la plupart des cas, on en sort content de l’avoir fait, mais soulagé que ce soit fini.
Mais là où la situation se complique et où la différence avec les autres sports extrêmes se fait vraiment ressentir, c’est au niveau de l’échéance, de la réservation, du rendez-vous, parce qu’on a beau faire de notre mieux, envoyer de jolies lettres, une photo avec un beau sourire, téléphoner gentiment, l’initiative viendra toujours du recruteur.
Et une fois le cap passé, il y a encore cette attente lourde, pesante, insoutenable, et cet espoir mêlé d’angoisse, qui aboutissent bien plus souvent à des déceptions qu’à des joies et en font une activité des plus fortes en émotions.
Cependant, bien plus que du mérite, une satisfaction personnelle ou un certificat, l’entretien d’embauche peut ouvrir de belles promesses d’avenir et ça, c’est un sacré enjeu.

