28 novembre 2007

L'arche de noël

« - Alors, qu’est-ce que tu vas commander au Père-Noël cette année ma chérie ?
- Euh, maman…ben, y a un chien, deux chats, une tortue, un poisson, et aussi un lapin !
- Ah oui mais là il va y avoir un problème ma puce, nous avons déjà parlé de l’éventualité de prendre des animaux à la maison, tu t’en rappelles ?
Un chien : j’adore les chiens tu sais, j’en ai déjà eu, et ils ont été les plus gros chagrins de ma vie à l’époque.
La première est morte pendant que j’étais à l’hôpital, alors que je vivais encore chez tes grands-parents, et j’ai mis énormément de temps à m’en relever.
Le deuxième, j’ai été contrainte de le laisser derrière moi lors d’une sombre période de ma vie et ça a été un véritable déchirement.
Et puis les chiens, ça ne fait pas que des câlins : il faut les sortir régulièrement, les nourrir, les soigner…
- Mais…
- Pas de mais. Quant aux chats, parlons-en justement ! Je t’ai déjà dit que maman est allergique aux chats : dès qu’il y en a un dans la même pièce que moi, mes yeux gonflent et je me mets à éternuer sans pouvoir m’arrêter ; ça n’est pas bien joli à voir.
Tu vois, on a trouvé un assez bon compromis avec le chat de la voisine : il vient nous voir devant la maison, on le nourrit et tu peux le caresser tant que tu veux sans qu’il rentre chez nous.
Mais deux chats ? Pourquoi deux chats ? Déjà un seul…
- C’est que, maman…
- Parlons de la tortue : maman a eu des tortues quand elle était petite comme toi, et elles ont toutes eu une fin tragique : c’est que c’est fragile, ces petites choses, un courant d’air sur leur bocal près de la fenêtre et vlan, plus de tortue.
Et puis il faut dire qu’on ne partage pas grand chose avec une tortue non plus, ça n’est pas l’animal qui manifeste le plus son affection, si tu vois ce que je veux dire.
- C’est pas ça…
- Et les poissons…tu te souviens qu’on en avait acheté trois il y a quelques années ? Le plus gros a mangé les autres, et a fini par se suicider en se fracassant la tête contre les parois du bocal.
Bon d’accord, c’est rare les poissons schizophrènes et tueurs en séries, mais quand même.
- …
- Et puis un oiseau ? C’est fait pour vivre en liberté, un oiseau ! Déployer ses ailes et se laisser porter par le vent, au gré des saisons, chanter sur une branche d’arbre au creux d’une forêt, fabriquer son nid dans l’attente d’une portée à nourrir…Il n’y a rien de pire que de mettre un oiseau en cage, je ne le cautionnerai pas.
- Maman !
- Pour ce qui est du lapin, c’est un animal que je connais bien, pour en avoir élevé un certain nombre. Mes parents achetaient des lapins soit-disant nains, qui pesaient plus de 2 kilos au bout d’un an, et semaient leurs petites crottes partout dans la maison.
Tu sais que le mâle éliminait systématiquement ses bébés si on les mettait dans la même cage ? Si, si, ça peut être odieux un lapin, capable de piétiner sa propre progéniture…tu ne t’en remettrais pas.
Et puis, avec la vie qu’on mène, les week-end d’absence, comment pourrait-on gérer ces petites bêtes sans qu’elles soient malheureuses ?

J’aime bien trop les animaux pour leur faire subir un tel sort.
Alors tu es comme tous ces enfants qui réclament des animaux uniquement pour le bon côté des choses, mais qui sont aux abonnés absents dès qu’il s’agit de s’occuper de leurs besoins primaires, c’est ça ?
- …(montant dans sa chambre en sanglots)...mais non maman, je voulais juste commencer une collection de
Petshops ! »

19 novembre 2007

L'affaire CarrieB

Cela faisait déjà 4 mois que la dénommée CarrieB avait disparu.
Blogueuse avertie, elle ne laissait plus la trace d’un commentaire sur la toile, et n’offrait plus d’articles à ses lecteurs désemparés.
Quelques uns d’entre eux m’avaient engagé, moi, détective privé, pour la retrouver et savoir ce qu’il en était.
Mon enquête s’annonçait simple : une mère de famille qui n’a rien à se reprocher a priori ne s’évanouit pas comme ça dans la nature.
Je commençais donc mes investigations un beau jour d’août, sur son lieu de travail habituel, dans le nord de l’Ardèche, où depuis 5 ans déjà elle exerçait un métier sérieux et stable qui lui servait de couverture idéale dans la vie réelle.
Quelle n’était pas ma surprise d’apprendre de la bouche de son patron qu’elle avait donné sa démission quelques semaines plus tôt pour partir vers de nouveaux horizons !
Mais quels horizons ?
On me conseillait alors d’aller faire un tour du côté de sa demeure du nord de la Drôme, qu’elle n’avait peut-être pas encore quittée.
Mais, là encore, chou blanc : la demoiselle avait plié bagages et cartons avec toute sa petite famille, et même les voisins ignoraient sa destination exacte.
Il y avait bien quelques pistes, des amis, des coups de fil, mais tout cela était assez vague et allait prendre plus de temps que je ne le pensais.
Après de longues recherches, interrogatoires de personnes pas toujours très coopératives, et un ratissage minutieux d’une bonne partie des villages de Drôme provençale, je devais me rendre à l’évidence : j’avais perdu sa trace et allais devoir me résigner à renoncer.
C’est lors d’une ultime visite à son dernier lieu de résidence connu que j’avais découvert qu’une nouvelle famille s’y installait.
Jouant le tout pour le tout, et sous une fausse identité, j’allais l’interroger et découvrir que la cadette était une ex-camarade de classe de la fille de Carrie.
La petite connaissait la nouvelle adresse de sa copine et me l’avait donnée si facilement que j’en étais déconcerté. Tout ce travail, alors que c’était si simple.
Elle m’avait toutefois précisé que, depuis son départ, elle n’avait aucune nouvelle.
J’avais enfin entre les mains de précieuses informations sur ma cible, et même le nom de sa nouvelle entreprise, que les parents de la fillette m’avaient gentiment soufflé.
C’est là que je décidais de me rendre en premier, imaginant bien qu’en semaine et en pleine journée, après 2 heures et demie de route de campagne, je l’y trouverais toute affairée à ses nouvelles responsabilités.
Me faisant passer pour un fournisseur potentiel, je pénétrais la société de déco et senteurs, montant les marches accédant à l’atelier de création où la mystérieuse avait trouvé refuge.
Son bureau était situé au fond de l’immense pièce, derrière des dizaines d’étagères à trésors.
J’allais enfin accomplir ma mission, pouvoir me reposer un peu avant de repartir vers de nouvelles aventures.
Mais derrière le bureau m’accueillait un fauteuil désespérément vide.
Sans doute était-elle encore sur un salon, à Francfort ou à Paris, et ne devrais-je l’attendre qu’un jour ou 2, puisque ces déplacements faisaient apparemment partie de son job.
Elle y était effectivement allée, selon ses collègues, mais la nouvelle que j’allais apprendre apportait un nouveau rebondissement non négligeable à l’affaire : elle avait quitté son entreprise peu avant la fin de sa période d’essai, et devait être dans les préparatifs d’un nouveau déménagement !
Elle et sa famille n’avaient pas été convaincus par la vie dans un endroit si isolé, et avaient décidé de tout arrêter au bout de seulement 3 mois d’installation.
Vite, je repartais, saisi d’un mauvais pressentiment, à l’adresse qu’on lui connaissait, à 15 km de là.
Mes craintes s’avéraient fondées : à mon arrivée il n’y avait déjà plus signe de vie dans la maisonnette.
Une voisine interrogée me révélait que la veille un camion avait tout emporté, que les locataires n’avaient pas fait de vieux os dans le quartier, et que les cris des enfants qui égayaient la rue commençaient à manquer.
Elle ignorait où ils étaient allés, mais savait que les enfants du couple étaient scolarisés tout près de là, et que je pourrais sans doute en savoir plus en me rendant sur place.
A l’école, inventant une ruse dont j’ai le secret, j’obtenais enfin les nouvelles coordonnées de la famille courant d’air, qui ne faisait que me filer entre les doigts.
Elle n’avait pas quitté le département, une aubaine, juste rejoint l’axe autoroutier et la proximité des villes.
Alors que je décidais de m’y rendre, puisqu’à peine une centaine de kilomètres nous séparaient, le moteur de ma voiture avait fait des siennes et j’avais du me contraindre à louer un gîte sur place, et prendre mon mal en patience.
Je ne récupérais mon véhicule que quelques jours plus tard, et pouvais enfin me rendre à l’adresse que j’avais eu largement le temps de connaître par cœur.
Je me garais devant le portail de sa nouvelle maison, à l’extrémité de l’îlot central d’un lotissement des plus calmes, et prenais une grande inspiration avant de sortir de mon véhicule.
La boîte aux lettres arborait déjà une petite plaque dorée, gravée du nom de Carrie et de son conjoint. L’affaire était bouclée.
Je sonnais au portillon une fois, puis deux, puis trois, mais en vain : la malchance allait-elle continuer à se mettre sur mon chemin ?
Soudain, une révélation : Mais oui ! C’était le jour de la rentrée des vacances de Toussaint, il était 8h30 : elle devait être à l’école !
Je sautais immédiatement dans ma berline, à la recherche des écoles voisines.
Des parents pressés se bousculaient sur les trottoirs, après avoir déposé leur progéniture, mais une femme seule, assez grande, semblait perdue dans ses pensées entre le primaire et la maternelle.
Intrigué, je décidais de me rapprocher d’elle : était-ce donc elle, CarrieB ?
On me l’avait décrite brune, celle-ci était rousse, toute de noir vêtue, et portait de fines lunettes.
Après tout, qu’ai-je à perdre ? avais-je pensé en arrivant à son abord.
Debout juste derrière elle, je risquais un : « CarrieB ??? », et aussitôt elle se retournait et me gratifiait d’un joli sourire.
« Vous me connaissez ? avait-elle lancé gaiement
- Euh…oui ?!
- Très bien, merveilleuse coïncidence, alors vous pouvez peut-être me dire où j’habite ? »