about thirty

Je viens de passer le cap de la trentaine : avide de vie, je compte bien la remplir d'expériences novatrices hétéroclites, des plaisirs simples de la vie aux expériences plus surprenantes. Je compte bien livrer mes impressions sur cette tranche de moi, dans une succession d'articles tantôt graves, tantôt légers, selon l'humeur du moment...

26 janvier 2007

J'aurais voulu être une artiiiiiiiste

...Pour pouvoir faire mon numéroooooooo…
J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour les vocations, j’enviais ceux qui dès l’enfance savaient ce qu’ils voulaient faire plus tard.
Certains, par une sorte de logique héréditaire, aspiraient au métier pratiqué de père en fils dans leur famille depuis des générations, et d’autres avaient eu ce déclic incroyable qui les poussait vers une voie presque inconnue, mais avec une certitude passionnée.
Et c’est presque sans surprise qu’on les retrouve, adultes, exerçant ce à quoi ils ont toujours rêvé, après avoir surmonté plus ou moins de difficultés pour y arriver.
Mais la victoire est belle, dans tous les cas, car rien n’est jamais gagné d’avance.
A côté de cette minorité il y a d’autres catégories, comme celle de ceux qui n’espéraient pas grand chose et qui s’en sortent plutôt bien, celle de ceux qui espéraient beaucoup et se sont arrêtés avant, volontairement ou non, ou encore celle de ceux qui ne savaient pas, et ne savent toujours pas vraiment ce pour à quoi ils aspirent.
Petite, je voulais être milliardaire, oh pas pour de vrai parce que j’ignorais le sens du mot, juste parce que ça faisait bien rigoler mes parents et leurs amis.
J’ai compris depuis pourquoi et y ai renoncé définitivement, parce que, d’une part, il faut admettre que c’est relativement difficile, et que, d’autre part, j’ai déjà démontré
très objectivement que la richesse mène à l’autodestruction
Et puis l’argent n’a pas d’âme, et moi l’âme c’est ce que je préfère.
Alors j’ai un moment pensé que maîtresse ça serait pas mal, vu que j’aimais bien l’école, comme ça je ne la quitterais jamais vraiment.
Ce n’était pas une âme, mais une bonne vingtaine à la fois dont j’aurais pris soin, sauf qu’en voyant l’élève studieuse mais dissipée (non non, l’un n’empêche pas l’autre) que j’étais, je me suis dit que non, ça n’était pas pour moi, qui ne suis pas toujours la patience et la zenitude incarnée.
J’ai eu une révélation lorsque le père-noël m’a apporté le jeu « dessinons la mode », et que je me suis mise à inventer des tenues, à expérimenter personnellement des associations vestimentaires avant-gardistes, allant à l’encontre de tout ce que mes camarades portaient, créant la surprise, souvent bien accueillie.
C’était décidé, je serais styliste.
Sauf que très vite, en cours d’EMT (Enseignement Manuel et Technique, pour les moins de 30 ans qui n’ont pas connu ça) au collège, je me suis rendue compte que je détestais la couture, et qu’elle me le rendait bien, impression qui s’est largement confirmée depuis.
J’ai quand même demandé à un conseiller d’orientation si je pouvais juste faire les dessins, et employer quelqu’un qui leur donnerait forme, mais je me suis entendue répondre que ça n’était pas possible (à moins d’exercer dans un pays du tiers monde) et que même les plus grands couturiers mettaient la main à la pâte.
Soudainement ça m’a semblé moins drôle, alors j’ai abandonné cette idée.
Et puis je n’avais pas ma langue dans ma poche (ça, ça n’a pas changé), je chantais, imitais, parodiais, inventais des sketches à tout va, et mes parents me voyaient déjà en haut de l’affiche, pas avec Aznavour, mais dans un one woman show.
Mais bon les tournées mondiales, les fans et tout et tout c’était difficilement conciliable avec une vie de famille, et puis en grandissant je me suis permis (un peu) moins de choses.
J’organisais aussi régulièrement de petits spectacles avec les enfants du village, réglais chaque détail de l’enchaînement et de la composition des numéros, en assurais la publicité auprès des habitants et je me débrouillais plutôt bien, alors pourquoi ne pas me lancer dans l’organisation de manifestations, dans l’ombre plutôt qu’en pleine lumière ?
Oui mais alors pourquoi ne pas devenir ingénieur en aéronautique ou chercheur au CNRS, éditrice ou designer, orthophoniste ou attachée de presse ?
C'est là que vent de la vie m’a emportée, ses hauts, ses bas, ses aléas, qui font qu’après du commercial ou de la logistique je suis à ce jour moitié contrôleur de gestion commerciale, moitié chargée d’études marketing.
Autrement dit, rien à voir avec mes rêves de petite fille…
Les goûts ont changé, les ambitions aussi, mais je suis toujours à la recherche du métier idéal, celui qui concilierait mes compétences, mes aspirations, mes passions et ma personnalité.
Je suis sur la bonne voie, j’ai déjà quelques idées.
Et vous, quid de vos souhaits professionnels d’enfant et de votre réalité d’adulte ?

20 janvier 2007

La petite souris s'habille en Dora

Un soir de la semaine, à la sortie de l’école, ma fille m’attendait avec un petit sourire qui dissimulait à peine une grande nouvelle.
Ca y est, elle allait enfin être une «grande», une vraie, une tatouée (mais à la décalcomanie alors, faut quand même pas exagérer) : une dent d’adulte poussait une dent de lait hors de ses gonds.
Ca tombe plutôt bien parce qu’en ce moment à la maternelle grande section du quartier c’est le top de la mode les trous dans la dentition, et chaque enfant guette fébrilement le moindre tressaillement des incisives.
Alors en attendant on fait des concours de slip pour passer le temps, oui, le summum de la fun attitude est d’avoir un slip original, voire griffé Bambi ou Cendrillon.
C’est là aussi que commence le troc, les échanges de fèves Titeuf contre des autocollants Diddle, de barrettes (qui n’ont rien d’illégal) contre des bracelets de princesse.
Le marketing est passé par là, mais uniquement pour répondre à un besoin créé de toutes pièces par et pour des mamans baignées dans la culture des marques et de la fashion attitude, entraînant dans leur sillon celles qui ne s’y intéressaient pas spécialement, mais qui souvent doivent s’y résoudre sous la pression des petits qui ne veulent pas être «différents».
Rien de très nouveau à cela, si ce n’est l’apparition plus précoce des symptômes, et la multiplication impressionnante de nouvelles occasions de se faire offrir le dernier accessoire à la mode.
Pour la plupart des filles, donc, tout ce qui est rose ou à paillettes a la cote, et les princesses Disney n’ont plus à faire leurs preuves, tout comme la plus toute jeune Barbie ou la petite Charlotte aux fraises, qui fait son grand come back.
Les petits animaux gentils, poneys, oursons ou chiots, sont déclinés à l’infini du porte-clés (confie-t-on des clés à un enfant de 5 ans ?) au scooter électrique (qui n’ira jamais plus loin que sur la terrasse ou le balcon, au mieux).
Dora l’Exploratrice a apporté une note instructive à l’ensemble, rassurant un peu les parents en donnant un peu de profondeur aux héroïnes de nos bambines.
Plus tard, Witch, Winx et Totally Spies leur donneront l’image de femmes indépendantes et sûres d’elles, collant parfaitement à l’image communément admise de la femme de ce début de siècle, celle qui réussit tout toute seule sans qu’on l’aide, celle qui assume tout et qui a « même pas mal ».
Du côté des garçons, les superhéros font toujours recette, à coups de Spider-Bat-Super-Men, et on en invente encore des plus musclés au cas où un gamin n’y trouverait pas son compte.
Diego, l’équivalent masculin de Dora, intégrant une note exotique et pédagogique, rejoint les sympathiques Winnie et Oui-oui, dont le succès ne se dément pas, dans le cœur des tous petits.
Suivront Titeuf ou encore Kid Paddle, des petits garçons pas politiquement corrects mais résolument «trop cool», auxquels s’identifier facilement, et nous les perdrons ensuite définitivement entre Pokemon et Yu-Gi-Oh, lorsque les noms japonais, les règles étranges et les histoires incompréhensibles auront raison de notre mémoire et de notre logique d’adulte.
Tous les évènements sont bons à être fêtés et récompensés, et à faire la part belle à tous les produits dérivés des héros de nos enfants.
Après c’est aux adultes de faire la part des choses, et à moi de me dire que si j’ai survécu à mon époque en ne possédant ni vêtement ni babiole de marque et en n’ayant de cadeau qu’à noël et éventuellement mon anniversaire, je ne devrais pas avoir de raison de m’inquiéter pour ma progéniture, qui fera de même sans en être traumatisée.
Quel rapport avec la dent de ma fille ?
Elle est tombée, ou plutôt elle s’est incrustée dans une pomme croquée de bon cœur. L’enthousiasme de l’intéressée m’a paru légèrement démesuré, mais soit, c’est un passage important qu’il faut marquer comme il se doit.
Nous avons donc procédé au rite initiatique de la mise sous l’oreiller de la « dent de bébé », en attendant que la petite souris passe l’échanger pendant la nuit.
Au matin, avec fébrilité elle soulève son oreiller et découvre avec joie une scintillante pièce de 2 euros en lieu et place de sa quenotte.
Mais elle continue à chercher encore, soulève de nouveau l’oreiller, la couette, regarde sous le lit…quoi ?
« - Mais où est mon jouet ?
- Quel jouet ???
- Celui que la petite souris m’a apporté !
- Et depuis quand la petite souris apporte des jouets ?
- Ben depuis que ma copine C a eu un château de Barbie et ma copine L de la pâte à modeler princesses !
- ??? … Et comment une petite souris peut porter tout ça sur elle et cacher ça sous un oreiller ?
- ???…mais je l’adore ma pièce, elle est trop belle… »
Heureusement qu’il y a un peu de bon sens dans la crédulité enfantine, si même la petite souris s’habille en Dora…

11 janvier 2007

Viszontlátásra Budapest

Plus tout à fait là-bas, mais pas encore vraiment ici, je suis toujours sous le charme de la perle du Danube.
Un tourbillon d’émotions, comme autant d’ingrédients et d’épices qui composent sa goulash nationale, que je vous invite à partager à ma table…

- Une louche d’émerveillement devant les chalets de bois de la place Vörösmarty, un marché de noël aux mille saveurs et aux trésors artisanaux de bois, de tissu ou de fruits séchés,
- Un zeste de béatitude, dans la basilique Saint-Etienne, ses marbres et sa coupole 96 mètres au dessus de ma tête, ou encore dans la synagogue de la rue Dohány, la plus grande d’Europe, au style maure-byzantin romantique et majestueux,
- Une pointe de nostalgie et de rêve de petite fille dans la loge de Sissi ou en haut du grand escalier somptueux de l’Opéra national,
- Une cuillérée de vie d’une autre époque, sur la colline de Buda, où l’on peut découvrir, à bord d’une calèche d’antan, le Palais Royal, l’église Matthias et le Bastion des pêcheurs,
- Quelques grammes de paresse, la première heure qui suit le réveil, avec le lever du soleil sur la ville encore sereine,
- Un soupçon de cœur serré, après la visite du musée juif et de l’exposition sur l’holocauste, pour se souvenir encore des horreurs dont les hommes sont capables,
- Une brassée de compassion, devant le revers de médaille, les oubliés des brochures des banlieues grises, les sans-abri de la forêt, tentant de réchauffer leurs doigts gelés au feu des détritus, si proche des matelas mités qui les accueillent à la nuit tombée,
- Un nuage de ravissement, aux bains thermaux néobaroques Széchenyi et leurs sources chaudes qui permettent de se baigner en extérieur même en hiver, et où des hommes se retrouvent pour des parties d’échecs interminables à la surface de l’eau,
- Un frisson de fébrilité et d’intimidation, à quelques centimètres seulement des dessins et des toiles de Van Gogh issues des musées du monde entier et réunies exceptionnellement au musée des Beaux Arts
- Une pincée d’enthousiasme en découvrant les peintures de lumière de Dorá Berkes qui, le soir venu, donnent des couleurs de vitraux aux façades du square Március 15,
- Une livre d’enchantement, accueillie sur la majestueuse place des Héros, ces chefs des sept tribus de la conquête hongroise, par l’archange Gabriel, et trouvant plus loin le surprenant château de Vajda-hunyad et l’immense patinoire extérieure où se massent les adeptes plus ou moins avertis,
- Un grand verre de délectation, avec la gastronomie locale, les associations de sucré-salé, les volailles grillées et ragoûts mijotés en sauces épicées, vins divins Tokajy ou Egri-Bikavér, les bulles de champagne Törley pour accompagner une succulente crêpe Gundel, et tant d’autres plaisirs des papilles et des yeux,
- Un bol d’admiration, devant les étalages du marché aux puces Ecserí et ses trouvailles improbables, dans une station du métro le plus ancien du continent, ou face aux nombreux ponts grandioses qui relient Buda à Pest,
- Quelques gros morceaux d’envie aux grandes Halles de la ville, où s’agglutinent aux stands odorants et colorés habitants et touristes en quête d’expériences gustatives et de souvenirs typiques,
- Une rasade de surprise en découvrant la vie nocturne souterraine, restaurants, pubs et discothèques dans des sous-sols aux ambiances hétéroclites : ici un concert cubain dans un décor de prison, là une cave voûtée en pierre et ses fauteuils moelleux, où un DJ mixe jazz et electro, et plus loin un restaurant d’un raffinement extrême et au look résolument design,
- Une goutte d’excitation pour fêter la nouvelle année sur la place Oktogon avec des milliers de personnes déguisées, dansant et chantant sur les derniers tubes en live des groupes hongrois à la mode,
- Un bon litre de reconnaissance pour les habitants de Budapest, d’une gentillesse, d’un civisme et d’une politesse exemplaires, quel que soit leur rang social, et compensant largement la fraîcheur du climat par la chaleur de leur accueil et la luminosité de leurs sourires,
- Pour finir, une ou deux gousses de regrets de ne pas avoir eu le temps d’en découvrir davantage,

Je mélange soigneusement le tout, avant de couvrir d’éloges et de faire mijoter, le temps d’écouter quelques morceaux tziganes en trinquant aux souvenirs qui marineront à vie dans un coin de mon esprit.