25 septembre 2006

J moins pas beaucoup : l'heure des bilans

En ce moment je mets des mots sur ma vie.
Je passe en revue les évènements qui l’ont marquée, les épreuves, les bonheurs, les doutes et les décisions.
Je me pose et regarde ces bientôt trente années qui sont derrière moi et à quoi l’on ne peut plus rien changer.
Je regarde le chemin parcouru depuis ces premiers pas et m’asseois sur un banc pour reprendre mon souffle.
Je cherche les mots justes, ceux qui traduisent intimement mes sentiments, mes émotions, avec les pas de recul que je fais avec peine pour m’éloigner de moi-même et mieux me retrouver.
Ces mots me coûtent, ces mots qui me dévoilent et trahissent mes faiblesses, celles que je travaille tant à dissimuler.
Je les écris les uns après les autres en en pesant tout le poids, je les arrache à mon passé pour les coller sur le papier.
Je fouille dans le moindre recoin de mon esprit, les endroits lumineux et les mansardes obscures, j’ouvre des portes depuis longtemps scellées et dépoussière les souvenirs enfouis sous la vie.
Et j’aligne ces mots, je les structure, je les ordonne, pour leur donner un sens, celui de mon vécu, puzzle inachevé aux couleurs de l’automne.
Assembler le rouge des colères au vert des jours d’espoir, le jaune des grands bonheurs au marron-déception et à l’orange des constructions, des grands chantiers de ma vie.
Les leçons du passé sont soigneusement listées, les échecs et erreurs reconnus et expliqués, et il en est de même pour les réussites et les victoires, grandes ou petites.
Je regarde en face ce nombril longtemps relégué au dernier plan, point physique et symbolique de rencontre entre mon ascendance et ma descendance, ce cadeau de la vie que j’ai rendu en double.
L’œuvre est finalisée, et tous les mots rassemblés au prix de cette lutte intérieure figurent sur ces pages alignées sur la table.
Je les regarde de long en large, et je pleure.
Je pleure ces flots de larmes trop longtemps contenus, je pleure devant cette vie construite de bric et de broc, sans queue ni tête, ce chemin compliqué qui me ressemble tant.
Je pleure de soulagement, d’apaisement, et de joie aussi.
Celle d’être toujours restée moi-même, d’avoir su relever la tête et me battre, d’avoir trouvé le courage d’avancer dans ma quête de sérénité sans y laisser ma fierté et sans trop blesser au passage.
Je pleure de ces larmes qui créent les océans, de celles pleines d’espoir et d’envies de continuer ma route en me connaissant mieux et en affinant mes choix au crible de mes aspirations les plus profondes.
Je respire, je vis, je souris.

« L’écriture est un exercice spirituel. Elle aide à devenir libre. »
Jean Rouaud

16 septembre 2006

Aux origines du commencement

J’traînais pas les pieds ni les guiboles, j’ai toujours aimé l’école.
Je m’y suis accrochée tant que j’ai pu, c’était une belle histoire d’amour, que les hasards de la vie m’ont fait interrompre brutalement, et trop prématurément : une relation au goût amer d’inachevé, que chaque rentrée des classes me remémore douloureusement.
La veille de ce jour béni où j’allais mettre mes vêtements tous neufs et mes chaussures juste sorties de la boîte, je ne tenais pas en place et dormais rarement.
Tout était prêt, livres d’occasion, cahiers immaculés, stylo plume affûté et agenda soigneusement customisé maison.
Ca embaumait le cuir, celui des chaussures neuves et celui du cartable ciré.
L’automne vosgien était déjà là, la pluie aussi, et les vacances à la mer paraissaient bien lointaines. « Un temps de rentrée », comme on dit chez nous.
Les deux mois de congés partagés avec les gamins du voisinage s’étaient éternisés, et l’envie de voir ou revoir d’autres visages, d’apprendre de nouvelles choses, n’en était que plus forte.
Ma soif de connaissances était intarissable, et j’en arrivais à apprendre tout et n’importe quoi, juste pour l’apaiser un peu : les mots étranges du dictionnaire, les capitales des pays d’Afrique…
La reprise c’était le début de nouvelles aventures, de nouvelles amitiés, découvertes, matières.
J’étais de nature assez dissipée, la boute-en-train de la classe, mais paradoxalement l’une des plus studieuses, au grand désespoir de certains.
Lorsque par bonheur je tombais sur un professeur, un instituteur, passionné par son métier, le plaisir n’en était que plus grand et je savais m'assagir.
Comment convaincre, enseigner et transmettre quand on n’est pas persuadé soi-même de ses dires ?
Ce ne fut pas le cas de cet instituteur de cours moyen, qui distillait l’humour dans chacun de ses cours, ni celui de ce petit bout de femme qui m’a fait découvrir en 6ème la langue de Shakespeare par des chansons de Simon and Garfunkel.
Pas le cas non plus de ce professeur de français et cet autre de philosophie à l’époque du lycée.
Mon désir d’écriture déjà latent s’est vu pousser des ailes, et mes lectures se sont ouvertes à de nouveaux horizons.
Je buvais littéralement leurs paroles, m’abreuvais de leur savoir sans en laisser filer la moindre goutte.
J’étais la première devant la porte, même si je n’intervenais que rarement dans leurs cours.
Juste pour être sûre d’être en bonne place pour assister au spectacle
Ils n’avaient pas de notes, pas de pense-bête, juste leur cœur et l’étincelle dans leurs yeux.
En un quart de seconde ils savaient transporter l’auditoire, même le plus récalcitrant, dans leur monde fait de lettres, d’histoires d’amour et de mort, de mythes et de réalités tragiques.
Regardant tour à tour dans le vide, scrutant la salle ou prenant soudainement à partie un élève, ils interprétaient le rôle de leur vie dans chacun de leurs récits.
Ils prônaient l’ouverture d’esprit, la curiosité sous toutes ses formes, et surtout l’expression.
Expression des sentiments, des avis, des doutes, des certitudes, des idées, par la parole ou par l’écrit…aux origines du commencement de mon envie d’écrire, de textes griffonnés sur tout et rien, de poèmes, plus tard de ce blog, et après ?
J'traîne pas les pieds mais des casseroles, j’admire toujours l’école.

11 septembre 2006

Epreuve de confort

Comme je vous l’ai laissé entendre récemment, depuis quelque temps il se passe des phénomènes étranges, inexpliqués, dans ma maison et autour de moi.
Les objets ont-ils une âme ? Pire, des états d’âme ?
Les appareils ménagers, moyens de communication et consorts électriques ou électroniques ne veulent plus assumer leurs serviles fonctions.
Ils ont entamé une grève des tâches ménagères, une rebellion organisée qui fait qu’ils m’abandonnent les uns après les autres à mon triste sort.
Comme pour me montrer qu’eux non plus ne veulent pas être des victimes, qu’ils méritent un certain respect que je n’ai pas toujours eu à leur égard, qu’ils tiennent une place non négligeable dans ma vie sans jamais rien avoir ni espérer en retour.
Une manière en quelque sorte de dénoncer notre aliénation à tout ce confort que nous jugeons indispensable.
Il y a l’antenne d’intérieur, posée sur ma télé à 5 chaînes, qu’il faut axer judicieusement pour avoir une image nette : elle doit être maniée avec le tact et la délicatesse d’un ingénieur à la NASA, sachant que chaque chaîne dispose de ses propres coordonnées GPS.
C’est la télécommande, dont le rôle est à la base d’éviter les déplacements, qui est donc odieusement délaissée du fait de cette manipulation systématique et demande elle aussi une inclinaison particulière .
C’est le téléphone fixe, qui ne s’est jamais vraiment remis de l’installation de la ligne gratuite par l’ADSL et refuse depuis de m’avertir des appels qui le concernent : il ne sonne plus, ne dit plus mot.
C’est le chauffe-eau qui n’en fait qu’à sa tête, ou à sa sonde, distribue l’eau froide ou bouillante à foison sous la douche mais jamais à température intermédiaire supportable plus de quelques secondes.
C’est le réfrigérateur qui a décidé depuis cet été de ne fonctionner qu’à vide : plus on le remplit et moins il fait de froid, d’où la nécessité de ne plus faire de courses, ne plus manger, ou alors enchaîner les deux très vite dans la foulée.
C’est l’aspirateur qui n’en a plus que le nom, et qui, devenu anorexique, n’est plus qu’un objet encombrant très bruyant incapable d’avaler le moindre morceau de pain pourtant jeté à sa bouche.
C’est la lampe solaire extérieure qui n’allume qu’une faible et timide diode à la nuit tombée, malgré la présence massive de l’astre jaune.
C’est la messagerie Internet, qui refuse de s’ouvrir sans une explication pendant des heures, ou supprime entièrement les romans que j’écris à mes proches au moment de leur envoi.
Elle m’impose toutes les 5 minutes de réactualiser ma page sous peine de tout voir disparaître, ce qui arrive fatalement au moment où je tourne la tête, téléphone ou console un de mes enfants.
Oui donc, je suis obligée d’appuyer sur un bouton à intervalle fixes.
C’est la voiture, dont j’ouvre les portes à distance, et qui les referme si je tarde un peu trop à arriver, même (surtout) les bras emplis de courses.
Cette même voiture qui allume les phares ou met en marche les essuie-glaces sans me demander mon avis.
C’est enfin mon téléphone portable, vestige d’un temps révolu où il ne servait qu’à appeler ou se faire appeler.
Il dispose néanmoins d’une avancée technologique avant-gardiste pour son époque : la messagerie à commande vocale.
Malheureusement la reconnaissance vocale reste très approximative, puisque la sonnette de ma porte peut-être interprétée comme un « supprimer », au même titre qu’un éternuement comme un « oui » lors de la demande de confirmation de suppression du message.
La dame à la voix monocorde a pourtant paradoxalement du mal à comprendre si je n’articule pas correctement mes instructions, mais les bruits de mon entourage la font démarrer au quart de tour et avorter l’écoute de mes messages importants (ils le sont toujours).
Bref, c’est un grand n’importe quoi qui m’entoure et que j’ai essayé de justifier par une histoire de champ électromagnétique à défaut d’autre explication plausible.
Mais alors une question se pose, et pas des moindres, LA question qui vous brûle les lèvres, cette incohérence qui saute aux yeux et interpelle au niveau du vécu :
Pourquoi mon épilateur fonctionne-t-il ?

05 septembre 2006

La malédiction du lotissement A (suite et fin)

Rapport d’enquête effectué par moi-même au cours de cette semaine :
Enigme à résoudre :

Disparition inexpliquée des voisins

Moyens mis en œuvre :


- Expéditions nocturnes dans les maisons vides concernées (en pull taille 12 ans, caleçon long moulant noir vestige des années 80 et lampe frontale, pas besoin de bonnet vous savez bien…)
- Projection de Luminol (faut regarder Les Experts, hein) sur les murs et les sols à la recherche de traces de sang
- Recueil d’indices (vieilles croquettes de chien, serpillières, morceaux de pain rassis…)
- Mise sur écoute du téléphone du propriétaire (d’ailleurs j’ai appris de ces trucs! mais ça n’a rien à voir alors je ne me disperse pas)
- Surveillance du périmètre 24h/24 à l’aide de jumelles et autres caméras judicieusement placées (comment ça la douche c’est pas un endroit judicieux ?)
- Installation de détecteurs de mouvements ultramodernes à base de conserves vides et divers animaux en résine qui coassent ou sifflotent au frissonnement d’une luciole

Conclusions hâtives mais bien réelles :

- Le couple de retraités a emménagé dans un petit appartement de centre ville, plus approprié (la petite dame en avait peut-être assez de devoir tondre 500 m² de terrain toutes les semaines)
- La gentille coiffeuse est partie s’installer avec sa fille dans sa Bretagne natale (c’est clair que niveau climat y a pas photo, la pluie et la grisaille devaient lui manquer)
- La jeune fille au pitbull s’est installée chez un jeune homme au pitbull (et ils eurent beaucoup d’enfants et/ou de pitbulls)
- G. et S. ne m’ont jamais vraiment quittée, ils ont juste pris leurs quartiers dans une maison toute neuve à quelques kilomètres de là, et puis il y a eu les vacances de chacun (mais ce WE c’est barbecue Playmobil)
- La famille nombreuse s’est un peu dispersée, les grands enfants ayant pris leur envol (sauf le fils, coincé dans une cage au poste de police) et le noyau dur ayant repris la maison des grands-parents (quoi que la mère a visiblement oublié le père dans sa check-list de déménagement)
- La voisine nouvellement installée et disparue règle a priori un divorce difficile, mais je l’ai aperçue de retour ce matin, donc c’est plutôt bon signe, même si elle ne m’en a pas fait (de signe)
- La maison dévastée a été réhabilitée et accueille depuis peu de nouveaux charmants locataires, dont le petit A a déjà conquis ma fille (mais je lui ai fait signer un papier comme quoi il s’engageait à vivre ici au moins 6 mois)

Elles ne sont pas happy my ends ?
Alors oui, vous me direz, pas de serial killeuse, pas de trash, pas de real TV (c’est juste pour vous montrer que je parle anglais), mais n'est-ce pas mieux comme ça finalement ?
La vérité a éclaté sans faire de victimes (ni même de taches), et je parie que vous êtes rassurés pour moi, et du fait que je ne disparaîtrai pas de sitôt (en tous cas mes proches et ma famille, soit 90% de mon lectorat).

Il reste toutefois quelques questions sans réponses, et d’autres phénomènes inexpliqués, notamment dans ma maison, qui ne me font pas totalement exclure la théorie d’un champ électromagnétique puissant, mais ça c’est une autre histoire que je vous conterai dans le prochain épisode…

03 septembre 2006

La malédiction du lotissement A

Depuis quelques mois, c’est l’hécatombe.
Le lotissement A. de la petite ville de S. dans la D., en F., euh, on peut dire France quand même sinon on ne va plus rien y comprendre, mon lotissement donc est le théâtre d’une étrange malédiction.
Cette épidémie ne semble toucher pour le moment que les locataires d’un seul et même propriétaire, qui se trouve être aussi le mien.
Elle a atteint à ce jour tous les autres et j’en suis à l’heure actuelle l’unique survivante avec ma famille, alors je l’écris avant qu’il ne soit trop tard et qu’elle ne m’atteigne moi aussi.
Ils disparaissent tous les uns après les autres d’une manière mystérieuse, du jour au lendemain.
Ca a commencé avec ce couple de retraités de la 2ème maison à droite.
Un jour je n’ai plus vu le monsieur en fauteuil roulant qui se tenait toujours dans l’entrebâillement de la porte d’entrée, ni entendu le vrombissement du moteur de la petite voiture de la boule d’énergie qu’est sa femme, s’occupant tour à tour de la pelouse, du barbecue, des petits enfants…
Quelque temps après ce fut au tour de cette coiffeuse mère célibataire qui portait des stries de souffrances sous les yeux mais qui m’accordait toujours un sourire lorsque je la croisais.
Elle a vite été remplacée par une jeune femme sans vie, au regard vide, accompagnée de son pitbull.
Serveuse, elle n’était pas souvent là mais sa voiture et son chien, si.
La voiture a été démolie un soir sur un parking non loin de là et son compagnon à 4 pattes, las, à commencé à fuguer et à détruire ce qu’il restait de la propriété non entretenue depuis plusieurs mois : trou béant dans le grillage recouvert d’une vieille couette, montagnes de courrier jamais ramassé filant chez les voisins au moindre coup de vent, et herbes hautes comme un homme, entre autres.
Jusqu’à ce jour où ni elle ni son pauvre ami à poils n’ont donné signe de vie.
Puis ce sont ces voisins avec qui nous nous entendions si bien, G. et S., qui nous ont quittés un jour de juin où nous n’étions pas là, emportant avec eux le lapin Elvis et leur fils M, un des meilleurs amis de ma fille.
Dans la foulée s’éclipsa aussi cette famille de la maison voisine : les parents, les 4 enfants, la belle-fille, le petit-fils d’adoption, les deux pitbulls le caniche et les chats que je ne comptais plus.
Une femme a remplacé G. et S., visiblement seule avec ses enfants.
Je dis « visiblement », parce qu’elle a emménagé il y a 2 mois et a disparu au bout de quelques jours seulement, laissant la maison à son triste sort d’abandon et les chiens (caniche et boxer) refaire la décoration extérieure et accessoirement venir trouver refuge dans mon terrain, où l’herbe est forcément plus verte.
Que se passe-t-il ? Mystère…
Je mène ma petite enquête, et ai déjà élaboré quelques théories :
  1. Nos barbecues à répétition, les cris stridents des enfants et ceux de ténor de leur maman désespérée ont eu raison de leurs sens
  2. Les zirtons, habitants d’une planète lointaine, ont jeté leur dévolu sur mon quartier comme espace d’expérimentations en tous genres
  3. Le propriétaire a viré tout le monde pour augmenter le standing de ses clients et n’en prendre que des beaux et gentils comme nous, la « famille témoin » playmobil-Truman Show
  4. Le lotissement a été construit sur un cimetière indien dégageant des ondes négatives seulement perceptibles par les animaux et insupportables pour eux, et comme je n’en ai pas…

    La vérité éclatera ici-même dans le prochain épisode…