Je t’ai rencontré dans cet endroit enfumé, refuge de mon désespoir et antre des âmes en peine de la nuit.Tu dénotais radicalement, étrangement déguisé dans ce piano-bar qui m’était si familier, comme un montage photo où l’on t’aurait sorti d’un carnaval coloré pour te superposer à cet univers sombre et impersonnel.
Tu es venu vers moi sans une hésitation, comme une évidence, et j’ai souri dans tout ce gris.
Nous avons ri, dansé aussi, et tu m’as dit que j’étais la femme de ta vie.
Je n’ai pas pris ton numéro, je pensais que tu étais comme les autres, ou pire peut-être.
Tu m’as invité à ta table un autre soir, autour d’une girafe dans la jungle d’un bar empli de proies et prédateurs.
Nous avons encore ri, beaucoup parlé aussi, de cette vie nocturne, et de la vie tout court.
J’ai dit que je t’appellerais, et curieusement c’est ce que j’ai fait.
Tu devais prendre des cours, et tu n’as pris que de l’amour.
Nous avons échangé nos craintes et nos espoirs, mais nous savions déjà que les jeux étaient faits.
J’étais en train de quitter une vie qui me tuait à petit feu.
Tu voulais quitter une vie qui te tuais à petit feu.
Nous avons décidé d’une vie qui nous rendrait heureux, au hasard de nos rêves et envies les plus folles, conscients de cette deuxième chance d’apprivoiser l’avenir.
J’ai investi ton nid, décoré les murs vides, rempli tous les placards et lancé le projet d’un ailleurs coup de cœur.
Tu n’as pas réfléchi et m’as toujours suivi, au rythme des désirs, au fil du courant qui nous emporte, détruire pour mieux reconstruire et ne jamais vraiment s’attarder…
Nous avons entre un ici et un là accompli par deux fois le miracle de la vie, une fille merveilleuse et un fils extraordinaire pour qui je n’espérais pas meilleur père.
Je connais tout de toi, je lis dans ton regard l’inquiétude ou la joie, l’espoir ou le tourment.
Tu as l’intelligence de ne pas m’enfermer dans ces cages, même dorées, dont trop de femmes n’arrivent pas à sortir et que trop d’hommes imposent.
Tu es la force de mes faiblesses, le gardien de ma notion du temps, l’éclat de rire de mes introspections, la chaleur de mes hivers sans soleil.
Nous nous reprochons mille choses, entrechoquons les aciers de nos personnalités, défions les armures de nos individualités, pour mieux nous retrouver.
Je vogue au gré de nos hauts et de nos bas, de ta voix et de tes bras, je te taquine pour ces deux mois de moins que moi.
Tu me rejoins enfin dans cette trentaine mystérieuse, comme une nouvelle aventure pleine de surprises et de promesses.
Nous allons fêter l’événement à ta manière, rien que toi et moi, entre ici et là-bas.
Je t’emmène au pays des Magyars, de Liszt et Houdini, entre Buda et Pest, faire balancer nos cœurs d’une année à l’autre…

