Comme tous les ans, on s’est tous laissés prendre au traditionnel jeu des vœux, oh sincère la plupart du temps, souhaitant tour à tour, bonheur, travail, amour, bébé, argent selon les besoins ou les envies de chacun, et l’inévitable bonne santé.
Enfin, « et la santé, bien sûr », ou « mais surtout la santé ».
Oui parce que sans la santé, tout le reste n’est que futilité, on le sait bien, c’est comme ça. On le sait mais on l'oublie.
On pense bien sûr à nos aînés en priorité, à ceux dont l’âge et les problèmes médicaux subissent souvent la même croissance exponentielle.
Jusqu’à cette année, je ne prêtais pas spécialement attention à ce vœu formulé à mon égard, me pressant de renvoyer à mon interlocuteur que tout allait bien, et qu’il prenne plutôt soin de lui et des siens.
Mais ces derniers mois ont pris une tournure à mes yeux qui a donné une autre sorte d’importance à ces simples mots lancés à la volée entre deux bises.
Sans entrer dans des détails médicaux superflus, il se trouve que ces derniers temps des soucis de santé divers et variés n’ont eu de cesse de s’enchaîner au sein de ma petite cellule familiale, et ce après de nombreuses années de relative tranquillité de ce côté-là, hormis les traditionnels petits accidents du quotidien, virus et autres bactéries inévitables en tous genres.
Bien sûr pendant tout ce temps « les autres » n’étaient pas épargnés, et je trouvais normal en ma position plutôt privilégiée d’utiliser le meilleur de mon énergie à leur redonner courage et espoir.
Alors quand notre tour est venu, inutile de dire que la fatalité a eu bon dos, après les divers questionnements liés à une origine irrationnelle quelconque, le mode de vie ou les excès en tous genres, et il faut avouer que je n’y étais pas du tout préparée.
C’est un peu comme quand on vous demande si ça va, que vous répondez toujours « oui » quoi qu’il en soit parce que ça fait plus ou moins partie de la formule de politesse, que c’est ce qui se répond quand on ne veut pas lester notre interlocuteur de problèmes qui ne sont pas les siens, et que vous vous surprenez à avoir répondu par l’affirmative alors que non, en fait, quelque chose ne va pas.
Rien de désespérément grave, je vous rassure, mais une accumulation de ces petits riens ou presque plus ou moins spectaculaires, réduisant les capacités d’action et de jugement, et qui vous mènent au cœur d’un ballet médical infernal composé de généralistes/services d’urgences/spécialistes dont il est difficile de s’extraire pour respirer, ou même pour penser.
Une fois les batteries d’examens effectuées, on découvre de nouveaux termes scientifiques, on se renseigne, avis, contre-avis, traitement, contre-traitement, conseils des proches et des amis des amis, généalogie génétique, recherche de causes médicales ou non, tout se mêle allègrement, au point que l’on fasse abstraction de ce qu’il y a autour, alors que le monde, lui, continue de tourner comme si de rien n’était.
Esprit de survie ou de protection ? On focalise facilement sur ses propres soucis en mettant en sourdine tout ce qui vient de l’extérieur et ne plus charger la balance familiale.
Et puis le calme semble revenir, on récupère son quota de sommeil, on se remet de son lot d’émotions et on se souvient que d’autres se battent au quotidien contre bien pire.
L’heure est venue, enfin, de relativiser.
L’enseignement à tirer sans doute de ce fâcheux épisode est que l’on a beau courir après la vie, ignorer les alertes, essayer de braver le nombre d’heures qui composent une journée en empiétant sur la suivante, il arrive un moment où notre propre corps nous rappelle à l’ordre et nous impose du repos et une certaine réflexion par rapport à ce que nous lui faisons endurer au quotidien.
Alors, doucement mais sûrement, je reviens, en vous souhaitant très sincèrement une bonne santé, et en vous conseillant plus que jamais de prendre soin de vous et de ceux que vous aimez!
« De la santé, du sommeil et de la richesse, on ne jouit pleinement qu’après les avoir perdus et retrouvés »Jean-Paul Richter
