24 juillet 2008

Mon petit roi

Il s’appelle Vittorio Tobia Corrado.
C’est M.CarrieB qui me l’a présenté un beau soir de juillet, à ma grande surprise, alors qu’il ne m’y avait pas préparé et que je n’avais rien prévu pour l’accueillir.
Prise de court, je n’imaginais pas qu’il trouverait un volontaire aussi facilement et rapidement, et je me suis retrouvée toute bête devant lui, à ne pas savoir quoi dire ni faire.
Ca faisait longtemps qu’on en parlait puis on n’en parlait plus, on en avait envie tous les 2, pour mettre un peu de piment au quotidien, mais on n’avait jamais osé franchir le pas, bien que nous ayons désormais toute la place nécessaire pour l’héberger à la maison sans éveiller les soupçons, et que nous soyons chacun assez mûrs et confiants pour assumer.
Lui comme moi avions déjà tenté l’expérience maintes fois quand nous étions plus jeunes, plus en forme, plus fous, mais jamais ensemble.
Et là encore le problème se poserait : Impossible de se le partager sans laisser les enfants seuls ; nous n’osions pas imaginer le faire monter dans la chambre, ni faire ça dans une autre pièce de la maison ; le plus loin était le mieux, et il était décidé de situer les rendez-vous en pleine nature, loin des regards indiscrets.
Il était prévu que je le laisse exclusivement à M.CarrieB, qui avait envie de tenter quelque chose de nouveau, pour son seul plaisir, mais très vite je suis tombée sous le charme du nouvel arrivant et l’ai supplié de me laisser seule avec lui au moins un soir, juste pour l’aventure.
Il a fini par accepter, un peu à contrecœur, me faisant promettre que ça ne changerait rien entre lui et moi et que je ne m’enfuirais pas avec Vittorio pour ne plus jamais revenir.
Il faut dire qu’il était bien plus beau que je ne l’imaginais, encore vierge de toute escapade, magnifiquement racé et dont les courbes luisaient au soleil.
J’ai alors mis ma plus jolie tenue pour l’impressionner, et prévu de quoi boire pour me donner du courage et pouvoir me désaltérer sans freiner nos ébats.
M’abstenant de préliminaires, à peine étais-je montée sur lui que je retrouvais ces sensations délicieuses oubliées depuis mes 17 ans.
Pas facile à convaincre au départ (le contrat ne m’incluait pas et il affiche clairement qu’il préfère les hommes), il a fait son difficile et a tenté de m’épuiser très vite, mécaniquement, sans que l’un ou l’autre n’y prenne vraiment de plaisir.
Je n’arrivais pas à suivre le rythme, et nous avons du nous arrêter un moment pour reprendre une allure plus calme, ne pas nous lancer à corps perdus si nous voulions en profiter mieux et plus longtemps.
Je devais lutter de toutes mes forces pour faire oublier les années et lui prouver que l’expérience de l’âge valait bien l’audace de l’adolescence, et qu’une femme était capable de lui procurer de nouvelles sensations.
Nous avons fini par nous entendre, et la soirée fut douce et enivrante, alternance de halètements dans l’effort de va et vient et de longues expirations quand je le laissais faire seul, bercés que nous étions par les parfums de pêche et d’abricots des vergers qui nous entouraient.
Les mains serrées très fort dans les siennes, le dos tantôt cambré tantôt courbé, nos silhouettes s’éloignaient pour mieux se retrouver, et mes jambes se serraient de plus en plus autour de son corps tatoué.
Nous n’avons pas vu le soleil se coucher discrètement derrière nous, tant nous étions bien ensemble : le temps était comme suspendu, l’espace entier nous appartenait, et cette impression de communion avec la nature me grisait.
La fatigue s’installant à la tombée de la nuit, c’est à regrets que nous sommes rentrés à la maison, sans faire de bruit pour ne pas réveiller les enfants, rejoignant M .CarrieB qui commençait à s’inquiéter de ne pas nous voir revenir.
C’est naturellement d’abord vers Vittorio que M.CarrieB s’est tourné, histoire de voir si tout s’était bien passé, si je ne l’avais pas trop traumatisé, et s’il était envisageable que nous trouvions un arrangement pour alterner les soirées passées ensemble, à mon plus grand plaisir.
Ensuite Vittorio est allé se coucher, et nous avons pu parler calmement en couple de mes impressions quant à cette première fois : Malgré l’épuisement physique, la sensation de vide et des douleurs lancinantes à l’entre-jambes, j’avais follement envie de réitérer l’expérience un autre soir, quand M.CarrieB m’y autoriserait.
Après une douche bienvenue et une merveilleuse nuit de sommeil, je suis allée voir mon amant de la veille le lendemain matin : il allait bien, bien qu’il ait dormi sur la béquille, et, en hommage à nos premiers trente kilomètres parcourus ensemble, je me suis dit que nous nous étions suffisamment rapprochés pour que je puisse enfin l’appeler par ses initiales : VTC.
Et nous vécûmes M.CarrieB, notre vélo et moi, heureux et en bonne intelligence jusqu’à la fin des temps (ou au moins de la saison estivale).

Ca vous a plu ? Preuve que l’été me fait aborder des sujets plus légers, vous pouvez lire ou relire ce que j’avais écrit dans le même style en août 2006 sur un de mes plaisirs solitaires

03 juillet 2008

Pour le meilleur et...?

Ah, les jolis mois de juin/juillet, mois de la Saint-Jean (mais aussi de la Saint-Médard et Barnabé, si si), de la fête de la musique (et pas toujours des oreilles) et de celle de notre pauvre France, des fraises non transgéniques (celles qui auront survécu à l’invasion des escargots et fourmis) et autres fruits radioactifs, mois de l’été (en théorie du moins), mais aussi et surtout mois des mariages !
Eh oui, en 2008 il y a encore des couples qui se marient, ça me surprendra toujours, même si on s’accorde désormais plus de temps pour y réfléchir, en moyenne à l’aube de la trentaine pour les femmes et juste après avoir passé le cap pour les hommes.
Bien que l’amalgame amour/mariage ne me paraisse plus de nos jours d’une grande évidence, environ 267 000 couples ont encore sauté le pas en 2007.
C’est assez étonnant, pour moi qui suis connue entre autres pour mon côté vieille France, fleur bleue, romantique-nunuche et tout-ce-qui-s’en-suit, mais le Mariage avec un grand M ne m’a jamais fait rêver (pas plus que les miss France d’ailleurs).
Et je me dis que ça n’est sans doute pas plus mal, parce que pour celles qui ont le fantasme de la longue robe blanche à froufrous depuis leur plus jeune âge, le rêve peut vite virer au cauchemar.
On a toutes en tête les mariages princiers et ceux idylliques des soaps télévisés, mais que se cache-t-il donc réellement derrière le sourire crispé des mariés-lambda le jour J ?

Tout commence avec la fameuse demande en mariage : Dans bon nombre de cas, il s’agit uniquement d’un constat « ça fait 10 ans qu’on est ensemble, on pourrait se marier, tu ne crois pas ? », « on a 3 enfants, le 4ème en route, ce serait peut-être mieux que tu portes leur nom », d’un passage obligé religieux « pas d’enfants avant le mariage », d’un choix stratégique « j’ai fait la simulation, si on était mariés on paierait 2 fois moins d’impôts » ou d’une nécessité « la banque ne nous accordera pas le crédit pour la maison si on n’est pas mariés ».
Soyons lucides : une demande formulée hors de la période passionnelle des débuts, après plusieurs années de vie commune, est rarement le fait d’un élan soudain d’amour, et parfois même uniquement la conséquence de l’insistance d’un des deux concubins.
Alors adieu la demande genou au sol dans un endroit extraordinaire, la larme à l’œil et la voix tremblante, adieu le « oui » fatidique dans un souffle avant l’évanouissement et les violons qui entament leur balade romantique tandis qu’en filigrane apparaît le « the end » précédant le générique, qui laisse entendre « ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
La demande, en réalité, n’a souvent rien de pompeux, et s’enchaîne très vite sur le choix de la date et du lieu, qui peut s’avérer première source de discorde, et qui forcément n’arrange jamais personne, à moins de s’y prendre au moins 2 ans à l’avance.
Mariage religieux ou non ? La plupart du temps quand on choisit l’église, ça n’est pas par conviction profonde, mais juste parce que « ça se fait dans la famille » ou pour pouvoir faire durer plus longtemps le suspense et se rapprocher du sacro-saint mariage en grande pompe.
Il s’agit aussi de décider qui on invite, et pour quel moment : l’apéritif ? le repas ? le dessert ? (si si ça se fait), et là les vieilles rancunes familiales commencent à resurgir « tatie Jeanine n’a pas donné signe de vie depuis le divorce de tes parents, tu crois vraiment que c’est indispensable de la convier? »
S’ensuivent en quelques mois marathoniens, méli-mélo, le choix et l’envoi des faire-part, la paperasse à réunir, le choix du traiteur et des menus, du vin, des dragées, la préparation religieuse avec le prêtre et ses interrogations d’un autre temps, les textes, les chants, les fleurs, les alliances, la liste de mariage, le photographe, l’animation, le costume, la robe et les accessoires, les chaussures, bijoux, le thème de la soirée, la décoration, les tulles pour décorer les voitures…et j’en passe.
Autant de raisons pour se lever en pensant au mariage, manger en pensant au mariage, ne parler que de mariage et se coucher en rêvant au mariage, autant dire une forte probabilité d’overdose de pression, et de disputes à répétition dans le couple ( difficile d’être toujours d’accord en étant si impliqué affectivement dans cet évènement), voire même au sein des familles.
Et tout ça a un coût bien sûr, pas moins de 11 800 € en moyenne en France, et qui va payer ?
L’argent et la répartition des dépenses sont un sujet sensible, qui vire vite en une guerre de négociations et d’arguments si les futurs mariés ne règlent pas seuls la note, et à condition qu’ils n’aient pas à contracter de crédit pour le faire.
Parmi les moments douloureux, la désignation des témoins est également à noter, avec son lot de déceptions, de colères voire de pleurs parmi la fratrie ou les amis.
Il s’agit là d’un choix émotionnel certes, mais stratégique aussi, sachant que les témoins vont s’occuper des enterrements de vie de garçon et fille respectifs et peut-être aussi du déroulement de la soirée de mariage, alors autant choisir des gens qui ne nous ferons pas sauter à l’élastique si on déteste les émotions fortes ni imposeront un discours d’un goût douteux le grand jour, en récitant la liste de toutes les ex du marié ou en abordant les tendances alcooliques de la mère de la mariée.
Ajoutons à cela l’établissement du plan de table et l’énervement est à son comble « qui va supporter de manger en face de mémé Yvonne ou d’écouter les blagues salaces du cousin Gaspard ? », « comment éloigner tonton André de tonton Alain, qui ne se parlent plus depuis cette histoire de vol de petite amie à la fac ? »…
Le jour J, épuisés mais…épuisés, les mariés se mettent enfin sur leur 31 tout en se demandant si tout est bien prêt, s’ils n’ont rien oublié, obsédés par la météo et la personne qui s’occupe des alliances « si elle les a oubliées, je la tue de mes mains » : le niveau de stress est si élevé qu’il est palpable, et qu’on sent que si un petit détail flanche, c’est la cocotte d’angoisses accumulées qui va exploser et faire s’écrouler l’édifice éphémère du mariage parfait.
Après au moins 4 bonnes heures de torture (triple couche de maquillage waterproof, chignon-lifting avec tentative d’ancrage des épingles directement dans le crâne généreusement arrosé d’une bombe entière de laque, et enfilage de la tenue à 3 personnes avec serrage de corset compressif, au minimum), la mariée est généralement belle (puisqu’elle a souffert pour l’être, tout de même) et souriante (dès qu’elle croise quelqu’un, tout au moins).
Le marié l’est aussi, même s’il a moins de mérite, si ce n’est celui de porter costume, gilet et cravate jusqu’au bout, quelle que soit la température.
Et la journée tant planifiée, tant espérée, peut enfin commencer.
L’impression de tourbillon peut assez bien résumer son déroulement, les étapes se suivent à la chaîne, les sourires, les embrassades, les photos, la mairie, les embrassades, l’église (en option), les embrassades, les photos, le vin d’honneur, les embrassades, les photos, le repas, les photos…STOP !
Voilà comment nous arrivons à notre fameux sourire crispé des mariés lambda le jour-J.
Du temps, de l’argent, des soucis, tout ça pour ça : une seule et unique journée festive ; il vaut mieux bien en avoir conscience avant de lancer l’idée au détour d’une soirée plus arrosée que les autres !
La bonne nouvelle, c’est que si les mariés sortent indemnes de tout ça, ils ont une chance de vivre heureux et tout ce qui s’en suit…ce serait quand même dommage que ça se termine quelques années plus tard par un divorce, enfin, je dis ça, je dis rien, mais 1 mariage sur 3 à peu près…ça veut dire que 2 s’aiment toujours !
Mes parents viennent juste de fêter leurs 38 années de mariage, et je connais bien d’autres couples qui font rimer amour (et mariage) avec toujours, alors qui dit (à part moi pour le moment) que je ne (re)sauterai pas le pas d’ici quelques années?
Ben oui parce qu’entre les impôts, les enfants et le projet maison, je vais bien finir par devoir céder !